« Plus chauds que le climat » ? - Adapter les écoles au réchauffement climatique.
« On est plus chaud, plus chaud, plus chaud que le climat » scandait en jouant mon neveu de trois ans hier alors que je terminais l’écriture de cet article. Les canicules du printemps et de l’été qui s’achève posent en effet plus que jamais la question de l’adaptation des écoles au changement climatique. Dans certains collèges et écoles primaires, des parents et des enseignants ont apporté des ventilateurs pour permettre aux élèves de passer le Brevet ; et parfois même des couvertures de survie, accrochées aux vitres de classes surchauffées[1].
Dans l’école où j’enseigne, La Source à Meudon (92), les parents ont été invités à garder leurs enfants chez eux s’ils le pouvaient durant la canicule de juin ; l’école a été totalement fermée une demi-journée seulement (un mercredi) quand certains établissements l’ont été plusieurs jours, à Paris par exemple.
Une première urgence motive l’écriture de cet article : la rentrée de septembre, qui pourrait se vivre en canicule, ce qui a été le cas par exemple en 2023. Comment s’y préparer et s’y adapter ?
Des perspectives de court, moyen et long termes doivent être dessinées pour nourrir la réflexion et les pratiques des différents acteurs de l’éducation : élèves, enseignants, parents, directions, conseils d’administration, rectorats, ministère… Nous ne pouvons ni recommencer comme si de rien n’était ni oublier ce que nous avons vécu ces quatre derniers mois : ne pas préparer correctement les prochaines canicules relève d’une très grande inconscience, elles sont malheureusement de plus en plus probables.
Regarder ce qui se fait à l’étranger[2] et dans les institutions internationales est un bon point de départ. L’Unesco propose le schéma suivant[3] pour penser l’adaptation des systèmes éducatifs à la crise écologique :

Un premier constat s’impose : le bâti scolaire français n’a majoritairement pas été pensé pour être adapté aux fortes chaleurs. La première raison est commune à la plupart des bâtiments : souvent anciens[4], ils n’ont pas été conçus pourtenir compte du réchauffement climatique. La deuxième raison est spécifique aux écoles : les vacances d’été ont longtemps rendu moins nécessaire l’installation de systèmes de rafraîchissement que dans les bureaux, par exemple. Mais il y a désormais des canicules de mai à septembre… La troisième raison concerne de nombreux équipements publics (ex : les hôpitaux) : c’est le manque de moyens investis pour les rendre vivables en cas de fortes chaleurs, quand les bureaux (souvent vides ou sous-utilisés[5]) et les hypermarchés sont pour la plupart climatisés.
Mais rentrons dans le détail.
Le constat
Le changement climatique et ses effets sont bien là : la température moyenne de la surface du globe a augmenté de près d’1,5°C depuis la fin du XIXe siècle[6] et celle de la France de plus de 2°C. Les effets de ce réchauffement sont par ailleurs amplifiés dans les zones urbaines où se situent la plupart des écoles et des élèves (effets d’îlots de chaleur urbains notamment). Les canicules sont de plus en plus précoces (mai cette année) et tardives (septembre en 2023 par exemple) et affectent donc le temps scolaire et les examens (ex : les oraux du Bac passés durant une vague de chaleur cette année[7]).
Que faire pour s’adapter ?
À court et moyen terme : changer les horaires et les calendriers, les pratiques pédagogiques et les comportements.
Adapter les horaires et le calendrier scolaire.
Dans le collège où j’enseigne, nous avions proposé aux élèves de 3e de revenir, après leur stage pour réviser leur Brevet, le lundi 22 juin. Face aux températures caniculaires annoncées, nous avons décidé avec mes collègues d’avancer et de réduire le temps de révision (prévu de 10h30 à 15h30 avec pause déjeuner, il a duré finalement de 9h30 à 12h30). Cela a permis aux élèves de rentrer chez eux avant les heures les plus chaudes de l’après-midi. De nombreuses écoles ont pris cette décision également lors des dernières canicules.
Cela implique, comme cela réduirait le nombre d’heures de cours, un « assouplissement de la notion de programme » cher à l’école La Source et au mouvement de l’Éducation nouvelle qui privilégient l’épanouissement de l’enfant à une vision « productiviste » de l’éducation.
On pourrait aussi imaginer faire cours plus tard en hiver et plus tôt en été, pour s’adapter aux rythmes chronobiologiques, à la lumière du jour… et à la température ![8]
Ou adapter les activités à la température, programmer par exemple prioritairement les cycles de natation des cours d’Education physique et sportive en septembre-octobre et mai-juin-juillet, ce qui pourrait s’accompagner d’un développement de l’offre de lieux de baignade, pourquoi pas en eaux libres.
Faire classes dehors (à l’ombre et le matin) et végétaliser les écoles.

« Un voile d’ombrage protège le potager et la cour de l’école Thionville » dans le 19e arrondissement de Paris. Source : Joséphine Brueder / Ville de Paris https://cdn.paris.fr/paris/2024/07/05/original-6ad169aa41c0ec05956f689951b766e4.jpg
Durant la canicule, j’ai emmené plusieurs fois les élèves faire classe dehors, dans le jardin du collège. Le matin, à l’ombre des arbres et assis dans l’herbe (ou sur une chaise !), il faisait bien plus frais que dans certaines classes.
Pour cela, il faut végétaliser et désimperméabiliser les cours d’école. Des efforts ont déjà été entrepris en ce sens mais il faut continuer et gagner en cohérence : certaines villes désimperméabilisent les cours des anciennes écoles mais en construisent de nouvelles entièrement minérales ! C’est le cas aussi dans des villages ruraux où la cour est par exemple entièrement bétonnée, avec peu d’ombre[9].
Or quoi de mieux que de planter des arbres avec les élèves ? Cette année, avec l’Agenda 21 du collège, nous avons planté un pêcher dans le jardin. Un jour, on pourra faire cours sous son ombre.
L’ancienne ministre de l’Éducation nationale, Nicole Belloubet, avait offert à tous les élèves de 6e L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono. Mettons la théorie en pratique !
Depuis 2017 et l’adoption d’une « stratégie de résilience », la Ville de Paris a mis en place plusieurs centaines de « cours oasis » dans ses écoles[10] : il s’agit de cours végétalisées (on y trouve souvent un potager), désimperméabilisées et co-conçues avec les élèves, les parents et l’équipe éducative, voire les riverains car destinées à être ouvertes à un public plus large, notamment les samedis et durant les vacances scolaires. Le schéma suivant en résume le principe.

Ce projet a fait l’objet de plusieurs évaluations, notamment par le LIEPP (Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques) de Sciences Po Paris.[11]
La co-conception (sous forme d’assemblées citoyennes) par exemple permet de lever différents freins, notamment lesinquiétudes sur la propreté et la sécurité… Même les écoles rurales sont amenées à se végétaliser : c’est le cas par exemple en Mayenne où des cabanes en osier vivant sont plantées dans des cours d’école[12].
Adapter les comportements.
À ajouter dans la liste de fournitures scolaires de cette rentrée ou à fournir par l’établissement : une gourde pour chaque élève, et l’autorisation de boire régulièrement, y compris en classe, en cas de fortes chaleurs.
Autre point d’attention : l’aération des classes et des bâtiments. Le Covid, la nécessité de renouveler l’air et les canicules nous y ont rendu très sensibles : en temps normal, j’insiste auprès des élèves pour qu’à chaque pause la porte et les fenêtres soient ouvertes. Les courants d’air traversants (communiquant avec les couloirs) aident à passer une heure de cours sereinement dans des classes chauffées rapidement par la présence des élèves et de l’enseignant. Le fait qu’il y ait du bruit à l’extérieur nous oblige parfois à jouer aux équilibristes, ouvrant et refermant en fonction de la chaleur et du bruit.
Les bâtiments doivent aussi être aérés la nuit, de façon sécurisée : dans les étages et/ou en rez-de-chaussée quand le gardiennage de nuit est possible.
À moyen ou long terme : rafraîchir et adapter les bâtiments.
Installer des systèmes rafraîchissants.
Le projet de recherche-action Racine, piloté par le programme ACTEE (l’action des collectivités territoriales pour l’efficacité énergétique, a pour but d’adapter les écoles primaires françaises au réchauffement climatique avec des solutions low-tech (peu coûteuses en matériaux).
Ce document présente les mesures proposées [1] :

Dans le détail, les brise-soleils sont des protections destinées à ce que la lumière du soleil n’entre pas directement dans les pièces tout en maintenant un éclairage naturel : l’exemple le plus usuel sont les persiennes.
Les résilles sont des « revêtements en treillis (…) destinés à envelopper ou habiller un bâtiment ». Ils permettent de filtrer la lumière et de favoriser la régulation thermique du bâtiment.
Moins onéreux et moins polluants que les systèmes de climatisation, des ventilateurs plafonniers pourraient être installés dans les classes. Ils permettent de faire diminuer la température ressentie de 3°C.
Avant de climatiser toutes les classes, on pourrait commencer par concevoir des « lieux refuges », plus frais, soit situés en sous-sol, soit ventilés, soit climatisés. Ou encore installer des pompes à chaleur réversibles, qui permettent de climatiser l’hiver et de chauffer l’été pour une empreinte carbone faible.[13]
Dans les cours de récréation, il est facile d’installer des brumisateurs : le responsable de l’entretien de l’école où je travaille en avait ainsi conçu un à l’aide d’un tuyau placé en hauteur en juin.
Rénover et isoler les bâtiments.

Une salle de classe rénovée du groupe scolaire Franc Nohain, dans le 13e arrondissement de Paris. Source : https://passerelle-ecologique.paris/la-reno/#gallery-e4267b1-7
Le journal Le Monde s’est fait écho des efforts entrepris dans une école du XIIIe arrondissement de Paris pour adapter les locaux au réchauffement climatique, qui ont permis de réduire fortement la température des salles de classe: « Les matériaux biosourcés, maîtres de l’inertie, sont partout : de la terre crue et une peinture à base d’argile sur les cloisons entre la classe et le couloir ; des isolants en laine de coton recyclé. Au sol, du parquet massif, validé par les agents d’entretien. Au plafond, des brasseurs d’air ; sur certaines fenêtres, des toiles gris clair, à ventouses, protègent du soleil. »
Cette rénovation a été expérimentée par un service de la Ville de Paris, la Passerelle transition écologique. Tous les documents de ce projet, intitulé « La Réno ! », sont disponibles en ligne, pour faciliter sa réplication. Les plans mentionnent ainsi des « faux-plafonds fibre de bois cimentée », des « volets rabattables en contre-plaqué » des « brise soleil orientable[s] en lames de bois (...) frêne », une « isolation laine de bois[14] »...
Dans la même logique de réplicabilité, les rénovations sont intérieures, ce qui permet leur reproduction dans des bâtiments classés dont la façade doit être préservée.
Mais sur ce point, on peut estimer que le bien-être des élèves doit être prioritaire par rapport à l’esthétique des bâtiments et même à la préservation du patrimoine historique. Il faut donc assouplir la législation pour faciliter les rénovations d’écoles.[15]
Financer l’adaptation.
Ces rénovations doivent être accompagnées et financées par l’État et les collectivités à la hauteur des enjeux. En 2023, Jean Pisani-Ferry et Selma Mahfouz proposaient une « contribution exceptionnelle et temporaire » des 10 % des Français les plus aisés afin de financer la transition écologique, à hauteur de 5 % de leur patrimoine.[16]
Des acteurs institutionnels comme la Banque des Territoires et la Banque Postale se sont par ailleurs engagés dans le financement de la rénovation des écoles, notamment dans le cadre du projet Edurénov, qui intègre à présent le critère du confort d’été pour financer des projets.
Nous nous joignons à la tribune publiée par Le Monde en juin dernier, dans laquelle les chercheurs Martin Hendel et Vincent Viguié ont interpellé sur la nécessité de faciliter l’accès à ces financements pour les collectivités.[17]
Ne pas oublier l’atténuation du réchauffement.
Diminuer l’empreinte carbone des écoles.
Le parc scolaire est important et ses dépenses énergétiques également… De nombreuses écoles se sont déjà engagées dans la réduction de leur empreinte carbone. Isoler les bâtiments (en prenant en compte le confort d’été) favorise à la fois l’adaptation et l’atténuation, en diminuant à la fois les dépenses énergétiques d’hiver (chauffage) et d’été (refroidissement).
Éduquer à la sobriété heureuse.
Ces dernières années les programmes scolaires ont largement intégré les enjeux climatiques et écologiques, en Histoire-Géographie, en Sciences de la Vie et de la Terre, en Physique-Chimie…[18]
Il s’agit maintenant de rendre ces enseignements plus concrets et cohérents. On pourrait s’inspirer pour cela de la pédagogie « tête-corps-cœur » déployée notamment au Campus de la Transition, où les étudiants articulent apprentissages théoriques et expériences pratiques, en participant par exemple à des chantiers de rénovation ou à des activités de permaculture.
La sobriété et l’adaptation à l’école peuvent être joyeuses, heureuses, car créatives et fédératrices : c’est ce que l’on expérimente lorsqu’on fait « classe dehors », à la lumière naturelle (plutôt que d’allumer les néons d’une salle), lorsque les menus végétariens de la cantine sortent de l’ordinaire, lorsque l’on se passe d’écrans et que l’on anime un cours en chanson...
Conclusion : « Changer l’école pour changer la société, changer la société pour changer l’école »[19]
Dans une tribune publiée par Le Monde en janvier dernier[20], l'historien de l'éducation Sylvain Wagnon invite à repenser l'école à l'heure de la « transition écologique, sociale et démocratique » nécessaire pour faire face aux crises actuelles. Il estime que notre système scolaire, héritier du XIXᵉ siècle et de la société industrielle, doit évoluer afin de permettre aux élèves de comprendre les interdépendances du vivant, d'apprendre à habiter un monde de limites » et de réconcilier l'éducation avec les territoires. L'école ne doit plus seulement accompagner la transition écologique : elle peut contribuer à l’inventer.
Montaigne nous invitait déjà à former des enfants ayant « la tête bien faite plutôt que bien pleine ». Face au changement climatique, cette formule prend une résonance particulière. Adapter l'école aux fortes chaleurs n'est pas seulement une question technique ou budgétaire : c'est aussi l'occasion de réfléchir à ce qui compte vraiment dans l'éducation. Parce qu'elle accueille chaque jour des millions d'enfants, l'école peut devenir l'un des premiers lieux où s'inventent concrètement les réponses aux défis contemporains.
[1] https://www.ici.fr/pays-de-la-loire/loire-atlantique-44/blanc-de-meudon-couvertures-de-survie-en-loire-atlantique-et-en-vendee-les-ecoles-s-organisent-face-a-la-canicule-5151796
[2] Voir à ce sujet le site de la Ville de Paris qui recense les projets similaires à celui des « cours oasis » (cf. infra) dans plusieurs pays européens ainsi qu’aux Etats-Unis, au Japon, en Colombie… : https://www.paris.fr/pages/les-cours-oasis-7389
[3] https://www.iiep.unesco.org/fr/projets/education-resiliente-face-au-changement-climatique
[4] D’après Nicolas (le prénom a été changé), ingénieur des Ponts, des Eaux et des Forêts, « les plus anciens bâtiments ne sont pas forcement les moins adapté aux canicules, les bâtiments anciens ont souvent des murs plus épais, plus d'inertie et moins de surfaces vitrées. À l'inverse, les bâtiments des années 60-70 ont très peu d'intérêt et sont souvent peu adapté aux canicules. Les bâtiments récents sont souvent construits pour limiter les apports calorifiques et les émissions carbone (RE2020) mais certains ont tendance à stocker la chaleur, ce qui est très utile en hiver mais catastrophique en cas de canicule, avec parfois des surfaces vitrées importantes pour maximiser les apports solaires », ce qui est également dommageable lors des vagues de chaleur.
[5] https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/12/10/immobilier-de-bureau-plus-de-9-millions-de-metres-carres-sont-vides-en-france_6439762_3234.html
[6] https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/02/09/climat-le-seuil-de-1-5-c-de-rechauffement-a-ete-depasse-pendant-douze-mois-mais-l-accord-de-paris-n-est-pas-encore-bafoue_6215716_3244.html
[7] https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/oraux-du-baccalaureat-et-canicule-la-double-peine-pour-certains-eleves-denonce-un-examinateur-4959557
[8] Voir à ce sujet les articles publiés sur PageEduc' : https://www.page-educ.fr/article/l-espace-temps-de-l-apprentissage-1-repenser-les-rythmes-scolaires et www.page-educ.fr/article/une-autre-ecole-est-possible
[9] https://reporterre.net/Ah-qu-on-est-bien-ici-a-la-recre-une-cabane-en-osier-pour-echapper-a-la-fournaise
[10] https://www.paris.fr/pages/les-cours-oasis-7389
[11] https://www.sciencespo.fr/liepp/fr/recherche/projet/cours-decoles-oasis/
[12] https://reporterre.net/Ah-qu-on-est-bien-ici-a-la-recre-une-cabane-en-osier-pour-echapper-a-la-fournaise
[13] https://www.etude-et-bilan-thermique.fr/blog/ingenierie-batiment/pompe-a-chaleur-reversible-avec-radiateur?utm_source=qwant&utm_medium=referral&utm_campaign=ai_flash
[14] La laine de bois, ou fibre de bois, est un isolant particulièrement performant pour le confort d’été : https://conseils-thermiques.org/contenu/laine-de-bois.php
[15] https://batiscolaire.education.gouv.fr/recherche/enjeux/adaptation-au-changement-climatique
[16] https://www.liberation.fr/environnement/climat/isf-climatique-jean-pisani-ferry-preconise-la-creation-dun-impot-exceptionnel-des-plus-aises-20230522_ZUW7SB2WK5DIDEDU6FTGV4VTWE/
[17] https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/06/23/canicule-dans-les-ecoles-on-ne-peut-pas-au-sommet-de-l-etat-eriger-la-renovation-en-grande-cause-nationale-et-abandonner-les-maires-sans-appui-operationnel_6710006_3232.html
[18] https://reporterre.net/Joanna-Macy-celle-qui-a-cherche-des-antidotes-a-l-ecoanxiete
[19] Pour reprendre la devise des Cahiers pédagogiques, revue d’éducation nouvelle : https://www.cahiers-pedagogiques.com/
[20] https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/01/13/l-education-constitue-aujourd-hui-l-angle-mort-de-la-transition-ecologique_6661777_3224.html
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