Le titre du nouveau roman de Sarah Andrès est une antiphrase. Ceci n’est pas une romance est une romance : Lola, notre héroïne, est prise dans un triangle amoureux. Et pourtant, ce livre est avant tout un roman sur l’invisibilisation des femmes dans l’art et sur la démocratisation de la culture.
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Quel était votre but en écrivant ce roman et en lui choisissant un tel titre ?
Sarah Andrès Le titre est un petit clin d’œil à un tableau de Magritte (Ceci n’est pas une pomme). Ce roman tourne autour de la romance sans en être tout à fait une, même s’il flirte avec. Je l’avais présenté au départ à mon éditrice comme un roman d’apprentissage où une jeune conférencière se confronte au monde du travail, au regard que posent la société et les hommes sur elle ou les femmes en général. Je l’avais pensé comme cela. Puis on m’a suggéré (à raison parce que je me suis trop amusée) à développer une espèce de romance, à injecter de petits ingrédients de la romance (le triangle amoureux). J’ai voulu inverser l’idée d’une enquête dont une romance découle. Là, la romance est le prétexte à une véritable enquête pour parler de l’invisibilisation des femmes ou le peu de crédit qu’on porte aux femmes en général et dans l’art en particulier.
Avant même un combat féministe pour rendre les femmes visibles dans l’art, je trouve que c’est avant tout un combat pour rendre l’art accessible à tous.
S.A. Oui, c’est un peu mon combat dans la vie de montrer aux gens qu’un musée n’est pas forcément poussiéreux ou ennuyeux. Lola, c’est une conférencière pas trop comme les autres, qui aime beaucoup faire des blagues dans ses visites, qui certes ne connaît pas tout sur tout mais qui est quand même intéressée par ce qu’elle raconte et qui essaie de ne pas ennuyer les gens. Elle veut les prendre par la main et leur montrer qu’on peut s’amuser dans un musée. On peut faire de la vulgarisation qui ne soit pas synonyme de médiocrité, au contraire. Elle voudrait, et moi aussi, que la démocratisation culturelle soit quelque chose de concret. Elle utilise par exemple les réseaux sociaux pour inviter les gens à regarder les tableaux. On n’est pas forcément obligé de se farcir toute l’histoire de l’école de Poussin. Mon livre n’est pas un manuel d’Histoire de l’art. Mais s’il donne envie d’aller au musée, tant mieux !
Pourquoi un triangle amoureux entre Guillaume, le restaurateur, plus âgé, « gris », c’est-à-dire « propre sur lui », et Jordan, son antithèse, le gardien de musée qui ne sait rien sur rien et surtout pas sur l’art ?
S.A. Il y a quelque chose qui caractérise beaucoup le personnage de Lola et qui la rend peut-être très peu sympathique au départ, c’est qu’elle est bourrée de préjugés. Jordan, pour elle, c’est un peu la « caillera ». Elle l’estime peu, le méprise presque. Au contraire le conservateur, le restaurateur, le directeur, ce sont des gens qui ont des postes importants, des hommes qui ont de l’autorité et une expertise. Du coup, elle les fantasme. Petit à petit, elle déconstruit ce regard-là. J’avoue aussi que j’adore les triangles amoureux : il fallait se poser la question de savoir qui allait aller vers qui, tout en réfléchissant aux privilèges, aux préjugés.
Lola est conférencière et veut faire un doctorat en Histoire de l’art. Ce livre est-il autobiographique ?
S.A. C’est vrai que je partage des choses avec Lola : j’ai fait un doctorat en Histoire de l’art, j’ai travaillé au C2RMF qui est le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France. C’est un grand laboratoire qui est sous le musée du Louvre où beaucoup d’œuvres des musées de France y sont restaurées. C’est un monde que je connais. Mais voilà, le parallèle s’arrête là. On dit souvent : « écris sur ce que tu connais ». Mon expérience a nourri le cadre de l’histoire. Il y a aussi des petites anecdotes qui ont été pêchées dans les quelques musées où j’ai travaillé. Mais la dimension romanesque est sans lien avec mon parcours. Je n’ai par ailleurs jamais rencontré de restaurateur sexy [rires].
Le côté drôle et réjouissant du livre était-il voulu ?
S.A. Ce n’est pas un hasard : Lola sort beaucoup de blagues, c’est même peut-être un de ses défauts. Je voulais que ce roman soit léger à lire parce que le sujet, justement, peut être un peu repoussoir : un musée, une conférencière, un tableau, un vieux tableau déchiré… Oh là là ! Je voulais qu’il y ait de la fraîcheur, même des gros mots ! Une langue très orale pour compenser le côté rébarbatif que l’on peut attribuer à un musée. Mais ce n’est pas rébarbatif un musée, je vous l’assure !
Lola est conférencière dans un musée, en attendant. Quoi, elle ne sait pas, mais ça va venir. Un incident (une toile abîmée par un visiteur) lui fait rencontrer le restaurateur en chef du musée : c’est le coup de foudre ! Pour passer du temps à ses côtés, elle fait mine de s’intéresser à la toile. Un gardien de musée simple et gentil entre alors dans l’équation. Sauf que ses recherches la passionnent au-delà du nécessaire et lui font découvrir qui elle est, ce qu’elle a vraiment envie de faire de sa vie et qui elle aime réellement. Un roman d’apprentissage très drôle et enjoué, qui joue avec les codes de la romance et avec une question de fond à la clé : l’art s’adresse-t-il à tous ou est-il réservé à une élite ?