Quand la littérature jeunesse s’empare des classiques
Introduction
Antigone est une tragédie écrite par Sophocle et représentée à Athènes vers 442 avant J.-C., dans le cadre des concours dramatiques des Grandes Dionysies. La pièce appartient au cycle thébain et met en scène le conflit entre Antigone, qui veut offrir une sépulture à son frère Polynice, et Créon, son oncle, roi de Thèbes, qui l’a interdit.
Depuis l’Antiquité, Antigone est devenue l’une des figures les plus durables du théâtre occidental. La force du personnage tient au conflit qu’elle incarne : entre la loi de la cité et la loi morale, entre l’autorité politique et la conscience individuelle, entre l’obéissance et la résistance. Le conflit s’incarne jusqu’à son nom :
Antigone : « celle qui est en face de la lignée » (anti : en face de ; gonê : naissance, lignée).
Ces tensions expliquent pourquoi Antigone est sans doute l’un des personnages antiques qui a suscité le plus de réécritures modernes. La pièce a été adaptée ou réinterprétée par de nombreux auteurs, notamment Jean Anouilh avec Antigone (1944), écrite pendant l’Occupation, où la question de la Résistance devient centrale. Plus récemment, la littérature de jeunesse s’est elle aussi emparée de cette figure. Le roman Celle qui reste de Rachel Corenblit, publié en2022, propose ainsi une nouvelle approche du mythe : l’histoire est racontée du point de vue d’Antigone elle-même, en donnant une place importante à son monde intérieur.
Problématique possible :
Pourquoi certaines œuvres antiques continuent-elles d’être réécrites, et comment chaque époque transforme-t-elle leur sens ?
Qu’est-ce qu’une réécriture ?
On parle de réécriture lorsqu’un auteur reprend une œuvre ou un personnage déjà existant pour en proposer une nouvelle version. La réécriture peut :
- changer le point de vue (raconter l’histoire du point de vue d’un autre personnage),
- déplacer l’époque ou le contexte,
- approfondir certains aspects psychologiques,
- ou mettre en valeur des questions contemporaines.
Dans le cas d’Antigone, chaque époque redécouvre le personnage à sa manière : héroïne tragique chez Sophocle, figure de la résistance chez Anouilh ou personnage plus intime et introspectif dans le roman de Rachel Corenblit.