Lutter contre la désinformation en contexte scolaire
Au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, la lutte contre la désinformation s’est structurée ces dernières années, notamment avec l’activation en novembre 2022 de la sous-direction « veille et stratégie » au sein de la Direction de la communication et de la presse. Dans un contexte de guerre informationnelle, d’ingérences numériques étrangères et de forte exposition des jeunes publics aux contenus viraux, comment penser la riposte dans le cadre scolaire ?
PageÉduc’ reçoit Arthur des Garets, diplomate en charge de la lutte contre la désinformation.
Comprendre la menace : la désinformation dans un nouvel paysage informationnel
Léonore Darrobers - Aujourd’hui, la désinformation est de plus en plus considérée comme une menace stratégique. Comment la définiriez-vous précisément ? En quoi peut-elle constituer une arme dans un affrontement invisible, et sous quelles formes se déploie-t-elle désormais ?
Arthur des Garets - La désinformation est effectivement une menace stratégique. Une menace stratégique, c’est une menace qui s’attaque aux intérêts fondamentaux de notre pays, c’est-à-dire à sa souveraineté, à son territoire, à sa population ou encore à son armée.
La désinformation est un terme qui a parfois perdu en précision, notamment parce que le phénomène a pris de l’ampleur. Qui dit phénomène en expansion dit aussi diversification des modes opératoires, avec des formes de propagande variées mises en œuvre par différents acteurs informationnels. De manière simple, on peut définir la désinformation comme l’utilisation politique et délibérée de fausses informations pour déstabiliser un pays, une population, un territoire ou une organisation internationale. Ces manipulations de l’information constituent une arme dans la mesure où elles visent à renforcer la polarisation des sociétés, à s’immiscer dans les esprits et à orienter le débat public dans un certain sens.
Concrètement, les manipulations de l’information se déploient aujourd’hui sur l’ensemble des supports d’information : Internet, les médias, la presse écrite, les réseaux sociaux, la télévision, etc. Il s’agit donc d’une menace stratégique et holistique, qui utilise tous les supports de diffusion de l’information. Pour donner un ordre de grandeur, la Russie mobilise chaque année entre trois et six milliards de dollars pour diffuser sa propagande et ses narratifs, comme ceux que Sergueï Lavrov a rappelés récemment sur France 2, afin de notamment de légitimer son invasion de l’Ukraine.
L’utilisation de fausses informations est en réalité un phénomène ancien. Le protocole des Sages de Sion, publié en 1903, par exemple, constitue un pamphlet antisémite d’origine russe, qui illustre déjà l’usage politique de la manipulation de l’information. Mais aujourd’hui, avec la rencontre entre les nouveaux outils, les nouveaux médias et cette tradition de désinformation, tout cela prend une ampleur démesurée, ce qui conduit à une forme d’abolition de la frontière entre le champ informationnel et le champ physique.
L.D. - Le Quai d’Orsay a organisé, le 9 septembre 2025, un événement consacré à la guerre informationnelle. Quelle distinction faites-vous entre désinformation, propagande, ingérence informationnelle et guerre informationnelle ? S’agit-il de degrés différents d’un même phénomène, ou de réalités distinctes ? Le général Thierry Burkhard a popularisé l’idée qu’il fallait « gagner la guerre avant la guerre ». La lutte contre la désinformation annonce-t-elle selon vous une transformation durable de la conflictualité contemporaine ?
A. G. - Nous avons effectivement organisé, le 9 septembre 2025, un grand événement afin de réunir à la fois nos partenaires européens — notamment polonais et allemands — ainsi que la communauté française spécialisée dans la lutte contre les manipulations de l’information. La France à travers ses administrations, son tissu associatif et son milieu académique, dispose désormais d’une véritable expertise de la désinformation.
Depuis 2021, la France a véritablement structuré un écosystème dédié à l’analyse et à la lutte contre les manipulations de l’information. Cet écosystème s’appuie sur une société civile spécialisée (chercheurs, experts, ONGs) qui est associée autant que faire se peut à nos travaux et qui garantit la transparence de notre action. Ce travail collectif public-privé a abouti à la publication le 11 février dernier de la stratégie nationale de lutte contre les manipulations de l‘information. À la différence des régimes autoritaires ou des dictatures, la France considère que le meilleur rempart face aux manipulations de l’information et à la propagande repose sur des citoyens bien informés, capables de recouper les sources et de questionner les contenus auxquels ils sont exposés. Il existe donc une distinction fondamentale entre notre approche, fondée sur la confiance dans les citoyens, et celle de régimes qui contrôlent plus directement l’information.
S’agissant de la distinction entre désinformation, propagande, ingérence informationnelle et guerre informationnelle, on peut considérer qu’il s’agit d’un même champ lexical. Ces notions renvoient, au fond, à une réalité commune : l’utilisation de fausses informations, de manipulations ou de mensonges à des fins politiques, et parfois à des fins directement liées à la conduite de la guerre.
Pour donner un exemple, depuis le 24 février 2022, on observe un basculement vers une nouvelle ère de la désinformation. Ce que nous rappelons souvent, c’est que la Russie mène en ligne un combat aussi important que celui qu’elle mène sur le territoire ukrainien. Lorsqu’on observe les faits, on constate que la Russie stagne, ces derniers mois, dans son invasion de l’Ukraine, et qu’il lui faudrait, au rythme actuel, des centaines de jours pour parvenir à ses objectifs. Cette asymétrie, cette incapacité à gagner la guerre sur le terrain, est en partie compensée par une surmobilisation des réseaux de propagande : création de faux médias, multiplication de faux comptes en ligne, diffusion de contenus visant à légitimer la guerre. Autrement dit, cette stagnation sur le terrain conduit à un recours accru aux opérations informationnelles pour tenter de compenser cette réalité.
L’idée formulée par le général Thierry Burkhard, selon laquelle il faudrait « gagner la guerre avant la guerre », renvoie précisément à cette réalité. Nous sommes aujourd’hui dans une véritable guerre des récits.
Chaque pays, et en particulier certains de nos compétiteurs, mobilise des moyens considérables, parfois au détriment de ses propres populations, pour diffuser ses narratifs et tenter d’influencer les opinions publiques, y compris à l’étranger, en faveur des conflits qu’ils mènent.
Quand le général Thierry Burkhard parlait de « gagner la guerre avant la guerre », c’était pour dire qu’en réalité, dans une guerre, les opinions publiques et les citoyens sont tout autant importants que les combats qui se mènent sur le terrain. On peut retracer cette histoire : pendant la Première Guerre mondiale il y a eu tout un effort de renforcement moral en soutien aux populations. Ce sont aussi les citoyens qui contribuaient à l’effort de guerre, par exemple en envoyant des paquets alimentaires aux soldats et aux poilus sur le front. Cela renvoie à l’idée qu’il faut aujourd’hui avoir une approche holistique de la guerre.
C’est ce qui nous conduit à parler de guerre hybride : nos compétiteurs utilisent à la fois des moyens traditionnels, une armée, des armes, des drones mais aussi des moyens informationnels, en créant de faux sites, en rachetant ou en instrumentalisant de médias étrangers qui diffusent des informations qui leur sont favorables.
On assiste à un basculement dans une nouvelle ère de la guerre, sans vergogne, sans limites, où tous les moyens sont bons pour affaiblir l’adversaire et défendre ses visées.
L.D. - Pourquoi la France apparaît-elle aujourd’hui comme une cible privilégiée des campagnes de désinformation et d’ingérence informationnelle ? Dans quelle mesure la défense, par la France, d’un ordre international fondé sur des règles, du multilatéralisme et du droit international en fait-elle une cible particulière pour certaines puissances ou certains réseaux hostiles ?
A. G. - En 2025, le service européen d’action extérieure (SEAE) a répertorié 540 opérations de manipulations de l’information d’origine étrangère dans le monde (FIMI). L’utilisation de l’IA dans ces attaques informationnelles se démultiplie (+259 % par rapport à 2024). La France est le deuxième pays le plus ciblé en Europe et le premier pays ciblé membre de l’Union européenne (107 attaques en 2025). Ces opérations ont généré environ 43 000 contenus, diffusés sur 19 plateformes, dont 88 % sur X. Près de 65 % des incidents restent non attribués mais présentent des signes de coordination, tandis que 35 % sont attribués à la Russie (29 %) et à la Chine (6 %). Ces données confirment la structuration d’une véritable industrie de la manipulation, souvent qualifiée de FIMI-as-a-service.
La France est particulièrement ciblée en raison de notre projection internationale mais aussi de certains facteurs que nos compétiteurs exploitent (passé colonial, liberté de la presse…). Nos compétiteurs, en particulier la Russie, nous attaquent car nous faisons entendre notre voix dans le concert des nations et que nous défendons un ordre international basé sur le droit.
L’école : un lieu de perméabilité aux influences
L.D. - Les jeunes constituent-ils une cible privilégiée de la désinformation ? La désinformation touche-t-elle une catégorie spécifique ?
A. G. - Oui, je vous confirme que les jeunes constituent une cible privilégiée des campagnes de désinformation. Nos compétiteurs — notamment la Russie, l’Azerbaïdjan, l’Iran, ainsi que certains régimes, y compris des juntes militaires en Afrique — ciblent spécifiquement les jeunes. Pourquoi ? Parce que la jeunesse est, par définition, une période de construction. Les jeunes se forment, construisent leurs repères, et surtout, ils sont les électeurs de demain. À ce titre, ils représentent une cible stratégique.
L’objectif est également de trouver des relais d’influence dans d’autres sociétés. Par exemple, certains acteurs vont chercher à convaincre des jeunes Français que la politique étrangère de la France est mauvaise, afin de les retourner contre leur gouvernement. Les jeunes, en phase de construction, peuvent être plus réceptifs à certains discours ou tomber plus facilement dans des mécanismes de manipulation. Aujourd’hui, les jeunes sont effectivement très exposés à la désinformation et aux manipulations de l’information, mais on observe aussi chez une partie d’entre eux une réelle vigilance, ainsi qu’une bonne compréhension des enjeux numériques. Pour autant, ils ne sont pas les seuls concernés.
D’autres catégories de la population sont également vulnérables, notamment les personnes âgées. Celles-ci peuvent parfois faire preuve de moins de vigilance face aux contenus en ligne, en raison d’une moindre familiarité avec les outils numériques. Cela s’explique aussi par un héritage culturel : pendant longtemps, ce qui était écrit était perçu comme porteur d’une forme d’autorité morale et intellectuelle, ce qui peut aujourd’hui conduire à accorder plus facilement du crédit à des contenus diffusés sur Internet.
L.D. - Pourquoi le milieu scolaire constitue-t-il un terrain particulièrement sensible face aux phénomènes de désinformation et de manipulation de l’information ?
A. G. - L’école, en France, ne se limite pas à la transmission de connaissances, qu’il s’agisse des grands événements historiques, des règles grammaticales ou des mathématiques. Depuis la Troisième République, elle constitue un lieu d’émancipation des citoyens et de construction de la vie civique. Dans ce cadre, le milieu scolaire — et donc les écoliers et les lycéens — devient une cible prioritaire pour les acteurs de la désinformation.
L’exemple de l’assassinat de Samuel Paty illustre cette réalité. Ce professeur avait montré à ses élèves des caricatures de Charlie Hebdo. Il a ensuite été accusé, à tort, d’avoir exclu une élève qui n’était en réalité pas présente ce jour-là. Cette fausse information a circulé en France dans certains milieux islamistes, a été relayée de l’autre côté de la Méditerranée, notamment en Afrique du Nord, en particulier en Algérie, puis est revenue en France avec une forte viralité.
C’est dans ce contexte que Abdoullakh Anzorov s’est saisi de ces éléments pour assassiner Samuel Paty. Donc, on voit bien que le milieu scolaire, parce qu’il est chargé de construire un esprit critique, mais aussi de permettre aux individus de faire des choix libres en matière de religion et d’émancipation intellectuelle, est confronté à l’altérité. Pour toutes ces raisons, le milieu scolaire est spécifiquement ciblé par les acteurs de la désinformation.
L’action du Quai d’Orsay
L.D. - La lutte contre la désinformation soulève souvent une objection : celle d’un risque de restriction de la liberté d’expression. Pourquoi cette opposition vous paraît-elle, le cas échéant, trompeuse ? Comment une démocratie libérale peut-elle lutter contre la manipulation informationnelle sans basculer dans l’arbitraire ou dans la tentation de disqualifier comme « fausses nouvelles » des critiques légitimes du pouvoir ? Comment expliquer cette distinction en classe ?
A. G. - Ce qui est intéressant avec la question des manipulations de l’information et de la désinformation, c’est que nous sommes une démocratie libérale : à ce titre, nous laissons les citoyens libres de croire ce qu’ils veulent et de voter librement. Le problème, c’est que nos compétiteurs, lorsqu’ils mènent des attaques informationnelles, le font de manière détournée, trompeuse et non officielle. Il y a donc un enjeu spécifique lié à la nature de ces actions.
Cela renvoie à une distinction importante entre influence et ingérence. L’influence relève du soft power traditionnel — par exemple lorsque la France organise le Festival de Cannes. L’ingérence, en revanche, consiste, par exemple, pour la Russie, à soutenir ou pousser des candidats antisystème et pro-russes dans certains pays à l’occasion d’élections, tout en niant ces actions : c’est là une différence essentielle.
Sur la question des manipulations de l’information, la France a progressivement construit une doctrine relativement technique. Aujourd’hui, notamment à travers le travail de Viginum, l’accent est mis sur les modes opératoires plutôt que sur le contenu. Cela signifie que l’on s’intéresse à des éléments concrets : la création de faux sites, l’amplification inauthentique de publications sur les réseaux sociaux, ou encore l’usurpation d’identités graphiques. Par exemple, le ministère a lui-même été visé par la création d’un faux site destiné à diffuser une fausse information en juin 2023
Cette approche permet de dépolitiser en partie la question. Les rapports de Viginum, fondés sur des recherches en source ouverte, mettent systématiquement en évidence les techniques utilisées. Le contenu des messages — ce que l’on appelle parfois les « narratifs » — relève davantage du champ politique.
Ce volet politique fait également l’objet d’un travail de réponse, mais il s’agit d’un autre niveau d’action. L’essentiel, ici, est que ce travail technique, indépendant et fondé sur des sources ouvertes, permet d’analyser les mécanismes de la désinformation sans intervenir directement dans le débat d’idées.

L.D. - Quels sont aujourd’hui les principaux moyens mobilisés par le Quai d’Orsay pour détecter, qualifier et contrer les campagnes de désinformation ? Pouvez-vous citer un ou deux exemples d’actions qui illustrent la manière dont la diplomatie française répond à une campagne hostile, tout en préservant un langage de responsabilité et de preuve ?
A. G. - Notre doctrine repose, je dirais, sur trois temporalités : une riposte immédiate, une action de moyen terme et une stratégie de long terme.
La première dimension, c’est la riposte immédiate. Elle s’incarne notamment dans la création, le 5 septembre 2025, d’un compte dédié, chargé de rétablir les faits et de répondre aux narratifs hostiles. Cet outil, connu sous le nom de French Response, compte environ 200 000 abonnés. Il est utilisé pour appuyer notamment nos 163 ambassades. Il sert également à soutenir nos partenaires européens. Cette capacité de réaction rapide est essentielle dans un environnement informationnel marqué par la viralité et l’immédiateté.
La deuxième dimension concerne le moyen terme, avec un accent fort mis sur la régulation des plateformes. La France a joué un rôle moteur, notamment lors de la présidence française de l’Union européenne en 2022, avec l’adoption du règlement sur les services numériques, le DSA. Ce texte prévoit notamment une plus grande transparence des algorithmes et vise à placer les plateformes face à leurs responsabilités. Certaines plateformes, comme X, concentrent une part importante des manipulations de l’information. Il est donc essentiel de rappeler que le marché européen, avec ses 450 millions d’utilisateurs, est un marché structurant, et que les plateformes qui en bénéficient doivent en respecter les règles. Cela implique des obligations en matière de transparence, de modération et de retrait de contenus illégaux, qu’il s’agisse de contenus violents et terroristes.
Des évolutions sont en cours : la Commission européenne a récemment pris des mesures, notamment sous forme d’amendes à l’encontre de certaines plateformes ne respectant pas leurs obligations, y compris leurs propres règles de modération. Le DSA prévoit également, à travers son article 40, un accès accru aux données pour les chercheurs et les autorités, afin de mieux comprendre le fonctionnement des algorithmes. Aujourd’hui, cet objectif n’est pas encore pleinement atteint.
Enfin, la troisième dimension concerne le long terme, avec le renforcement de la résilience des citoyens. Cela passe notamment par le soutien à des initiatives de fact-checking, y compris à l’étranger, ainsi que par le financement de médias internationaux. La France consacre près de 30 millions d’euros par an à ce soutien, ce qui est essentiel pour garantir un écosystème informationnel pluraliste. Un exemple concret : après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, de nombreux journalistes russes ont été contraints de s’exiler pour continuer à exercer librement leur métier. La France a contribué à la création, à Bucarest, d’un hub permettant à des journalistes ukrainiens en exil de poursuivre leur travail.[1]
À plus long terme, notre stratégie vise à concurrencer les grands récits de nos compétiteurs en développant nos capacités de communication stratégique. Avec le développement des nouveaux médias et les moyens mobilisés par nos adversaires, nous sommes désormais dans une véritable « guerre des récits ». À partir de ce constat, nous ne pouvons-nous limiter à réfuter les fausses informations : cela revient à laisser nos compétiteurs fixer les termes du débat. Nous devons accepter de concurrencer les narratifs hostiles par une mise en musique de nos priorités diplomatiques. Le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a par exemple lancé une campagne de communication stratégique sur les dangers des algorithmes afin de répondre de manière indirecte aux attaques dont la régulation européenne des plateformes fait l’objet.
Au total, cette action repose sur une véritable panoplie d’outils, déployés selon ces trois temporalités. Elle mobilise de nombreuses directions au sein du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, au-delà de la seule direction de la communication qui est cheffe de file. Il s’agit d’un travail collectif, qui mobilise nos ambassades et nos partenaires européens : la lutte contre la désinformation est devenue un champ d’action diplomatique à part entière.
L.D. - Que propose le Quai d’Orsay pour s’adresser spécifiquement aux écoles et aux élèves ?
A. G. - Aujourd’hui, on constate un intérêt et une attention croissants, de la part des citoyens comme des médias, pour les manipulations de l’information. Cela constitue déjà un levier important. Il existe notamment, sur le site de Viginum, de nombreux modules qui permettent d’aborder de manière simple les enjeux liés aux manipulations de l’information[2]. Plus largement, il existe des outils publics à disposition des enseignants, généralement très pédagogiques, qui contribuent à renforcer la résilience collective. C’est par exemple le cas d’une brochure que le Ministère a rédigé sur les manipulations de l’information en libre accès [3].
Un deuxième pilier de notre action consiste à intervenir directement dans les écoles et les universités. Nous y présentons notre doctrine et expliquons en quoi la France est devenue pionnière dans la lutte contre les manipulations de l’information. Ces interventions permettent également de répondre aux questions et aux interrogations des élèves et des étudiants. Ce sont les dispositifs du Quai d’Orsay : la diplomatie hors-les-murs[4].
Par ailleurs, la France dispose de l’un des réseaux scolaires les plus denses à l’étranger. Dans ce cadre, nous encourageons, en lien avec l’Éducation nationale, les écoles et lycées français à l’étranger à relayer ces enseignements sur les manipulations de l’information. Ce type d’actions est déjà mis en œuvre dans plusieurs établissements.
Une distinction importante guide notre approche : nous considérons que ce sont des citoyens avertis, capables d’exercer leur esprit critique face à des fausses informations, qui constituent le meilleur rempart contre la désinformation. Nous refusons une logique de censure, comme celle qui consiste à interdire des médias ou des plateformes comme WhatsApp ou X, comme cela peut être le cas en Russie par exemple. À l’inverse, nous faisons le pari que des citoyens capables de croiser les sources et sensibilisés seront les mieux à même de faire face à cette guerre informationnelle. Dans ce contexte, les citoyens sont pleinement partie prenante de cet effort que le président de la République qualifie de « réarmement moral ». Le nihilisme est un terreau fertile pour les manipulations de l’information. Ce réarmement moral est un enjeu collectif, qui suppose la mobilisation de toutes les énergies.
L.D. - Si vous deviez formuler trois recommandations concrètes à destination des établissements scolaires pour mieux faire face à la désinformation, quelles seraient-elles ?
A. G. - Je dirais d’abord qu’il est important d’aborder ces questions dans le cadre des cours d’éducation civique, car il s’agit aujourd’hui d’un enjeu politique à part entière. Par exemple, lors des élections municipales, Viginum publiait chaque semaine un point sur les opérations d’ingérence numérique étrangère, et plusieurs cas ont été identifiés. Les établissements scolaires pourraient également inviter des intervenants qui travaillent sur ces sujets. Cela permettrait de mieux comprendre concrètement les mécanismes à l’œuvre.
Deuxièmement, il est important de s’intéresser à ce que les élèves eux-mêmes disent de ces questions. Il peut être utile de faire remonter leurs interrogations aux acteurs qui travaillent sur la désinformation. La confiance des citoyens envers leurs autorités requiert ces remontées de terrain.
La grande différence entre les démocraties libérales et les régimes autoritaires, c’est que nous sommes dans une démarche de transparence : nous expliquons pourquoi il s’agit d’une manipulation de l’information et en quoi elle vise certains publics. Dans ce cadre, organiser des débats entre élèves, ou entre étudiants, sur ces sujets peut être particulièrement pertinent.
Par ailleurs, il existe aujourd’hui de nombreuses ressources accessibles — documentaires, films, contenus médiatiques — qui permettent d’illustrer concrètement les phénomènes de désinformation, notamment ceux liés à certaines campagnes étrangères.
Enfin, ces sujets permettent aussi de faire prendre conscience aux élèves que nous sommes dans un contexte de forte conflictualité, où certains acteurs cherchent à s’attaquer à leur esprit critique. C’est pourquoi il est important de mobiliser l’ensemble des outils pédagogiques disponibles pour renforcer la résilience des citoyens, d’impliquer et de responsabiliser les élèves dans la lutte contre les manipulations de l’information.

[1] https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/le-ministere-et-son-reseau/la-diversite-au-ministere/hors-les-murs/ Les établissements d’enseignement secondaire et supérieur peuvent organiser un évènement dans le cadre de ce programme, en contactant les services, pour une conférence, une table-ronde ou atelier-débat.
[1] https://www.francemediasmonde.com/fr/actualites/france-medias-monde-inaugure-son-centre-regional-europe-centrale-et-orientale-a-bucarest/`
[2] https://www.sgdsn.gouv.fr/publications/publication-de-deux-kits-de-sensibilisation-sur-les-ingerences-numeriques-etrangeres
[3] https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/mae_lutte_informationelle_v4_impression_compressed_cle08eb8c.pdf
[4] https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/le-ministere-et-son-reseau/la-diversite-au-ministere/hors-les-murs/