LIRE ET FAIRE LIRE AUTREMENT
Faire lire tous les élèves est un enjeu majeur dans nos classes. En effet, lire ce n’est pas simplement déchiffrer : c’est comprendre le sens d’un texte et faire sens avec les êtres et le monde qui nous entourent.
Cette question m’a toujours préoccupée dans ma pratique d’enseignante. J’ai donc cherché des astuces pour accrocher les élèves dans la lecture d’un texte. Mon but est de favoriser la compréhension des textes, de susciter les interactions entre pairs et, pourquoi pas, de faire prendre conscience de l’intérêt d’un texte et de la manière dont celui-ci peut résonner en nous.
Pour cela, j’ai pu tester le « texte à dévoilement progressif ». Il s’agit de donner le texte morceau par morceau. Chaque élève peut relever des indices au cours de la lecture et répondre progressivement à quelques questions de compréhension ou d’interprétation, à l’oral ou à l’écrit. Ce qui est intéressant avec cette méthode, c’est que cela fait moins peur aux élèves et notamment aux petits lecteurs. De plus, on retient leur attention grâce au suspense, chacun a envie de savoir ce qui se passe ensuite. Cette méthode fonctionne avec tous les niveaux. J’ai pu la tester sur des textes plus ou moins longs comme Cœur de Lion de Robert Boudet avec des 6e ou Pauvre petit garçon de Dino Buzzati avec des 3e : succès garanti. Souvent, pour conclure notre lecture, je ne leur donne pas la fin de l’histoire et je leur demande d’émettre des hypothèses. Cela dépend des classes : soit ils m’en veulent, soit ils s’en veulent, mais dans les deux cas, ils retournent au texte pour vérifier la fin. Finalement, ils lisent au moins deux fois le texte sans s’en rendre compte !
Un autre exemple concret de lecture par épisodes : Le Feuilleton des Incos. En recevant tous les quinze jours les chapitres d’un roman en cours de création, la curiosité des enfants est piquée et ils sont impatients de lire la suite. Ils peuvent aussi exercer leur esprit critique en envoyant des remarques, des suggestions, directement à l’auteur qui répondra et pourra rebondir sur leurs idées au prochain envoi.
Une autre méthode que j’aime employer est le texte caviardé. Le but est de supprimer certains éléments qui font sens dans le texte, pour inviter les élèves à aller voir d’autres éléments qu’ils n’auraient pas vus autrement. J’aime utiliser cette méthode en poésie avec des 3e, pour qu’ils cherchent, avec leur loupe d’inspecteur, des mots ou le thème du texte. Il s’agit pour eux de chercher des indices, de créer des hypothèses de lecture et de confronter leurs avis. Cela fonctionne bien et peut mener à des débats.
Dans le même ordre d’idées, en poésie, j’aime proposer un texte fendu. Je choisis un poème et je le coupe volontairement en deux. Peu importe le nombre de syllabes, le début ou la fin d’un mot. Les élèves doivent proposer une suite au poème en tenant compte du sens de leur moitié de texte. Un bel exercice littéraire.
Par ailleurs, j’aime demander aux élèves de lire le texte puis de dessiner leur compréhension du texte ou le personnage principal. J’utilise souvent cette méthode en 6e lors de ma séquence sur la sorcière, afin qu’ils se plongent dans le texte pour chercher les éléments de description. Ainsi, en un seul regard, je peux voir les éléments qui ont fait sens et ceux qui ont créé des blocages.
J’ai remarqué au fil des années que lire et faire lire un texte est un enjeu crucial mais de plus en plus difficile à relever. J’entends souvent les élèves dire « on est obligé de lire / relire le texte » ? Comme si cette lecture était une contrainte. Avec les différentes méthodes proposées ci-dessus, je me suis rendue compte qu’allier l’intellect au corps facilitait la lecture.
Enfin, une autre méthode permet un véritable travail de groupe et se révèle très ludique. Toutefois, elle demande de la part des élèves et du professeur un cadre rigoureux pour que le résultat soit intéressant. Il s’agit de faire la mise en scène d’un texte en « statue- photo ». Par exemple, un groupe doit « mimer » (sans bouger) le texte pendant qu’un autre groupe lit le texte à voix haute. Les élèves représentent ainsi en photos des moments importants du texte. Il ne s’agit pas de bouger dans tous les sens, mais bien de marquer d’une pause ce qui fait sens. Cela permet de visualiser ce qui se passe tout en écoutant la lecture faite par les camarades.
Dans le même ordre d’idées, les élèves peuvent proposer de créer le roman photo d’un texte. Ils devront alors relever les éléments probants du récit, les mettre en scène et ajouter des bulles.