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Les enjeux éducatifs pour les élections municipales 2026

✒ Léonore Darrobers, Professeure agrégée d'Histoire

À l’approche des municipales de 2026, l’école s’impose comme un enjeu politique et territorial de premier plan. Longtemps perçues comme secondaires dans le débat éducatif, les collectivités territoriales sont pourtant devenues des acteurs structurants du financement et de l’organisation matérielle du premier degré. Les décisions prises au niveau local déterminent l’état des bâtiments, la qualité de la restauration scolaire ou encore les politiques de mixité sociale. Pour ainsi dire, elles façonnent l’environnement quotidien de l’exercice professionnel.

Cette centralité nouvelle des collectivités territoriales s’explique par un déplacement progressif des responsabilités financières : selon la Cour des comptes (2025), les communes assument près de 36 % de la dépense totale du premier degré. Pourtant, cette évolution reste peu lisible pour les citoyens. La distinction entre les compétences de l’État – qui rémunère les enseignants et définit les programmes – et celles des collectivités, chargées du fonctionnement matériel des écoles, demeure souvent mal comprise.

Cette montée en responsabilité intervient dans un contexte particulièrement contraint. Les dotations nationales diminuent. Parallèlement, les impératifs de transition écologique imposent la rénovation d’un parc scolaire vieillissant. Les communes doivent également faire face à l’inflation du coût de la restauration scolaire, à l’entretien d’équipements numériques massivement déployés et à de nouvelles attentes en matière de sécurité et de mixité sociale.

Les collectivités se trouvent ainsi au cœur d’un double mouvement : elles financent davantage, tout en disposant de marges de manœuvre plus étroites. À l’approche du scrutin municipal de 2026, une question se pose : comment concilier cette décentralisation financière croissante avec la centralisation persistante du pilotage de l’Éducation nationale ? 

L’école au cœur des enjeux locaux

Une responsabilité financière croissante pour les communes, incomprise par les électeurs

Selon la Cour des comptes (2025), la dépense nationale consacrée à l’enseignement primaire atteint 52 milliards d’euros par an, soit environ 2 % du produit intérieur brut. Sur ce total, 20,1 milliards d’euros relèvent du budget de l’État, tandis que 19 milliards d’euros sont pris en charge par les collectivités territoriales. La contribution locale représente ainsi près de 36 % de la dépense totale du premier degré.

Dans certains territoires, l’éducation représente près de la moitié du budget de fonctionnement communal lorsque l’on additionne entretien des bâtiments, restauration scolaire, garderie, activités périscolaires et investissements environnementaux[1].

Cette montée en puissance intervient dans un contexte de contraction des dotations de l’État. Dès lors, les collectivités locales se trouvent en première ligne pour payer les conséquences des arbitrages budgétaires nationaux.

Pourtant, ce poids financier demeure largement méconnu du grand public. « Les électeurs ne se rendent pas compte du poids financier de l’école », observe le directeur général adjoint des services d'une ville francilienne. Selon lui, cette perception tient en partie à la confusion entre les compétences respectives de l’État et des communes : si l’Éducation nationale assure le financement des enseignants et la définition des programmes, les collectivités supportent une grande partie des coûts de fonctionnement. « Dans une commune, près de 80 % du coût de l’éducation correspond aux charges de personnel : les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles, les agents d’entretien ou encore les services supports. Or on analyse très rarement le coût global de ces politiques », souligne-t-il.

tensions budgétaires, sociales et environnementales : le cas de la restauration scolaire

La restauration scolaire constitue l’un des révélateurs les plus concrets des tensions financières qui traversent les budgets municipaux, à quoi se surajoutent des questions environnementales et de justice sociale. Alors que les débats politiques se concentrent souvent sur la sécurité et le pouvoir d’achat, la restauration scolaire peut être abordée en lien justement avec les restrictions budgétaires des ménages. 

Une première difficulté tient à la hausse structurelle des coûts. Le coût moyen de revient d’un repas atteint 8,49 euros, soit une augmentation de 11,3 % depuis 2020[2]. Cette progression est largement imputable au coût des denrées brutes, en hausse de 20 %[3]. À cette inflation s’ajoutent les exigences de la loi Egalim, qui impose dans la restauration collective 50 % de produits durables et 20 % de produits issus de l’agriculture biologique — pourtant, un facteur de surcoût. 

Deuxième tension : les arbitrages opérationnels. Pour contenir la hausse des dépenses tout en respectant les obligations environnementales, 46 % des collectivités ont introduit deux repas végétariens hebdomadaires. D’autres leviers concernent la tarification. Deux tiers des communes ont procédé à une hausse des tarifs facturés aux familles, souvent de manière limitée [4], puisque les prix demeurent majoritairement compris entre 1 et 5 euros par repas. Malgré ces précautions, plus de la moitié des communes constatent une augmentation des impayés de cantine. Les communes sont confrontées à un arbitrage : augmenter les tarifs fragilise certaines familles, mais absorber les coûts pèse sur d’autres politiques locales.

Enfin, troisième tension : le débat politique autour de la gratuité. Une gratuité généralisée représenterait un coût estimé entre 7 et 9 milliards d’euros à l’échelle nationale [5] ; toutefois, la gratuité universelle demeure un choix politiquement clivant, comme l’illustre le débat lyonnais.

Lors des échanges entre Stéphanie Léger, adjointe sortante à l’éducation, et Charles-Franck Lévy, chargé des propositions éducatives de Jean-Michel Aulas, deux visions s’opposent. La majorité sortante défend une logique de ciblage et de soutenabilité financière : se priver des recettes familiales par la gratuité généralisée reviendrait à déséquilibrer un service qui concerne 91 % des enfants. Les partisans de la gratuité de la cantine et du périscolaire défendent une mesure de justice sociale, arguant que même si le service est déjà largement subventionné — les familles, même les plus aisées, ne paient pas la moitié du coût réel du repas — le reste à charge peut représenter 10, 20 ou 30 euros mensuels décisifs pour certaines familles. 

Dans une ville à l’ouest de la région parisienne, la gratuité de la cantine figure parmi les propositions défendues par une partie de la gauche locale. L’idée ne fait toutefois pas consensus. « Une gratuité généralisée serait une hérésie en matière de finances publiques » estime le directeur général adjoint des services municipaux. Selon lui, la majorité des collectivités ont déjà mis en place des tarifications sociales permettant d’adapter le prix des repas aux revenus des familles. Dans cette logique, la contribution des ménages les plus aisés participe au financement du service public et permet de maintenir une restauration scolaire de qualité pour les publics les plus fragiles.

L’immobilier scolaire face À l’impératif de transition écologique

La transition écologique s’impose également comme un enjeu central de la politique immobilière scolaire. La France compte environ 64 000 établissements scolaires, dont 50 000 écoles primaires relèvent de la responsabilité des communes[6]. Selon le rapport Demarcq (2020), 80 % de ces écoles ont plus de cinquante ans. 

Ce chiffre résume l’ampleur des transformations à venir. Une part importante de ce parc a été construite dans les décennies 1950 à 1970, dans un contexte de massification scolaire. À Marseille, près de 60 % des écoles municipales datent de cette période, contre 30 % pour les bâtiments antérieurs et seulement 10 % pour les constructions contemporaines. Ces édifices des « Trente glorieuses » répondaient à un impératif quantitatif : produire rapidement des unités d’enseignement afin d’accueillir l’ensemble des élèves. L’industrialisation du bâtiment a conduit à la généralisation de systèmes préfabriqués en métal puis en béton. Entre 1964 et 1970, la France livrait en moyenne un collège par jour. 

Ce modèle, adapté à l’urgence démographique de l’époque, se révèle aujourd’hui inadapté : nombre d’écoles sont devenues énergivores, mal isolées, exposées aux surchauffes estivales et peu adaptées aux standards actuels d’accessibilité[7].

Les ambitions affichées à l’échelle nationale sont à la mesure du problème : on envisage la rénovation de 40 000 écoles d’ici 2034, pour un coût estimé à 40 milliards d’euros. À l’échelle d’un établissement, une rénovation complète peut représenter environ un million d’euros, voire davantage. Or le reste à charge pour les communes oscille entre 70 % et 80 % du montant total des opérations. Dans le même temps, la dotation du Fonds Vert – des crédits étatiques à destination des collectivités pour la lutte et l’adaptation au changement climatique — a été divisée par quatre entre 2024 et 2026, réduisant les marges de manœuvre des collectivités[8].

Cette situation conduit nombre d’élus à adopter une « stratégie des petits pas », fragmentant les travaux sur plusieurs exercices budgétaires, au risque d’augmenter le coût global. Le cas lyonnais révèle ainsi un basculement : investir massivement dans le bâti scolaire devient un signal politique. À l’inverse, le retard accumulé peut devenir un axe de critique. Lors du débat municipal de 2026, la rénovation des écoles a cristallisé l’opposition entre Stéphanie Léger, adjointe sortante socialiste à l’éducation, et Charles-Franck Lévy, qui a supervisé les propositions de Jean-Michel Aulas (liste soutenue par l’ensemble de la droite) en matière d'éducation.

La rénovation des écoles représente la première enveloppe d’investissement du mandat sortant. En effet, la majorité municipale revendique un effort de 354 millions d’euros consacrés à l’entretien, à la rénovation énergétique et à la construction d’écoles[9]. Selon l’adjointe à l’éducation Stéphanie Léger, un diagnostic initial avait identifié près d’une centaine d’écoles présentant des caractéristiques proches de « passoires thermiques ». Un tiers des écoles lyonnaises aurait ainsi bénéficié de travaux incluant rénovation thermique, accessibilité pour les élèves en situation de handicap, réfection des sanitaires, végétalisation des cours et sécurisation des abords. L’ambition affichée pour le mandat suivant serait d’atteindre les deux tiers du parc rénové. Face à elle, Charles-Franck Lévy interroge le rythme et la priorisation de ces investissements.

Pour autant, ces enjeux d’immobilier scolaire restent inégalement politisés selon les territoires. Dans certaines communes, comme à Mantes-la-Jolie, la rénovation des écoles n’apparaît pas comme un thème structurant des programmes municipaux. Elle est souvent perçue par les acteurs politiques locaux comme une compétence relevant de la gestion courante de la commune plutôt que comme un enjeu programmatique central de la campagne.

Le cas de Saint-Féliu-d’Avall, un village situé à une quinzaine de kilomètres de Perpignan, est symptomatique des tensions qui pèsent sur les infrastructures scolaires. La métropolisation exerce une pression croissante sur les communes de deuxième ou troisième couronne. Le village a ainsi connu une croissance démographique rapide, qui a conduit à un projet de plus de cent nouveaux logements. Mais cette croissance pose immédiatement la question des infrastructures scolaires. L’école primaire, qui accueille aujourd’hui 177 élèves répartis en sept classes, fonctionne déjà à la limite de ses capacités. « La cour de récréation est très petite et date de la fin du XIXe siècle », explique Philippe Nicolau, directeur de l’école. À l’époque, l’école et la mairie partageaient encore le même bâtiment. 
Si plusieurs rénovations ont été réalisées — notamment l’isolation du bâtiment et l’installation de la climatisation dans les classes, devenue indispensable dans cette région régulièrement touchée par les canicules — l’école n’a jamais été véritablement agrandie. La situation est telle que les récréations doivent désormais être organisées en alternance pour éviter la saturation de la cour. « Même pour accueillir une classe supplémentaire, nous n’avons plus de place », observe le directeur.

Dans ce contexte, l’agrandissement de l’école est devenu un sujet central du débat municipal. Trois listes sont en lice et toutes abordent la question scolaire. Mais les élus sont profondément divisés sur la solution à adopter : agrandir l’école actuelle en réorganisant les espaces existants (notamment en transformant d’anciens logements de fonction en salles de classe) ou construire une nouvelle école dans un autre quartier du village. Le choix est évidemment financier. Une extension de l’école actuelle représenterait un investissement d’environ trois millions d’euros, tandis que la construction d’un nouvel établissement pourrait atteindre neuf à dix millions d’euros. « La meilleure solution pour l’avenir du village serait probablement une nouvelle école », estime Philippe Nicolau. « Mais cela dépendra évidemment des capacités financières de la commune. »

Au-delà du débat politique, le directeur souligne également un décalage entre les enjeux scolaires et la perception des habitants. Dans un village où près de la moitié de la population est retraitée, les électeurs ne mesurent pas toujours le poids financier de l’école dans les budgets municipaux.

Si l’enjeu financier s’impose au premier plan, la gouvernance des décisions présente aussi des difficultés : qui prend les décisions ?

 

L’École, premier poste d’investissement des communes 

Dans de nombreuses communes, l’école représente aujourd’hui l’un des principaux postes budgétaires locaux

Les collectivités financent notamment la construction et l’entretien des écoles, la restauration scolaire, les activités périscolaires et les personnels municipaux.

À ces dépenses structurelles s’ajoutent désormais de nouveaux impératifs : rénovation énergétique des bâtiments, transition alimentaire dans les cantines et entretien des équipements numériques

Dans ce contexte, les politiques scolaires locales deviennent un enjeu budgétaire central des mandats municipaux.

 

Le délicat partage de la gouvernance scolaire

Entre libre administration territoriale et centralisation

L’article 72 de la Constitution consacre le principe de libre administration des collectivités territoriales et leur ouvre la possibilité d’expérimenter. Pour un objet précis et une durée limitée, les collectivités peuvent déroger aux règles nationales pour adapter l’action publique aux réalités locales.

En matière éducative, cette latitude favorise l’innovation, comme le soutien à la parentalité, ou encore des mesures pour renforcer l’égalité filles-garçons. Dans la commune de L'Hôpital en Moselle, par exemple, le Conseil municipal des jeunes a rédigé une charte pour promouvoir l’égalité filles-garçons auprès des enfants. 

Cette ouverture à la décentralisation décisionnelle reste limitée dans les faits. Ces innovations se situent à la marge du cadre éducatif où le pilotage pédagogique reste centralisé. La Cour des comptes (2025) rappelle que la gouvernance du premier degré hérite de structures institutionnelles anciennes. 

Dès lors, une politique éducative locale ambitieuse devient un marqueur politique lorsqu’elle dépasse les compétences techniques traditionnelles des communes. « Dès que l’on touche aux sorties scolaires, à certains types d’enseignement ou à la carte scolaire, pourtant à la marge des compétences des politiques locales, cela devient un sujet politique », observe un cadre territorial. À l’inverse, les sujets plus structurels — rénovation énergétique des bâtiments ou nombre d’agents d’entretien par élève — restent souvent peu visibles pour les familles, bien qu’ils constituent une part essentielle de l’effort financier des collectivités.

Numérique éducatif : entre investissement massif et réévaluation

Le cas du numérique éducatif révèle l’enjeu de coordination entre les politiques scolaires municipales et des agendas nationaux parfois instables. Les plans d’équipement initiés dans le cadre de la Stratégie du numérique pour l’éducation 2023-2027 sont arrivés à leur terme. Certaines villes ont atteint un taux d’équipement maximal. À Marseille, 2 500 classes élémentaires sont désormais dotées d’écrans numériques interactifs, complétés par 8 300 tablettes[10].

Parallèlement, le déploiement technologique subit une révision pragmatique face aux charges de maintenance et aux alertes neuroscientifiques sur la baisse des capacités cognitives liées au numérique[11]. L’exemple suédois, marqué par un réinvestissement de plus de 100 millions d’euros dans les manuels imprimés depuis 2023 et le retour à des évaluations sur du support en papier pour l’automne 2026, nourrit le débat. 

Les exécutifs locaux sont dès lors confrontés à des injonctions contradictoires : amortir des investissements numériques coûteux tout en répondant à une demande croissante de régulation, voire de rééquilibrage en faveur des supports physiques.

Mixité sociale : des enjeux territoriaux renforcés

La mixité sociale révèle également la tension qui traverse l’ensemble des politiques éducatives locales. En dépit de leur rôle croissant, les collectivités restent dépendantes d’un cadre décisionnel centralisé.

La gestion de la carte scolaire concentre les dynamiques de ségrégation géographique et d'évitement. Dans les établissements privés, la proportion d'élèves issus de la catégorie socioprofessionnelle très favorisée est passée de 26,4 % au cours de l'année 2000 à plus de 40 % aujourd'hui, tandis que la part des élèves issus des catégories défavorisées y demeure inférieure à 16 %. Les indicateurs de l'OCDE soulignent pourtant l'incidence de cette répartition sur l’accès à l’enseignement supérieur.  

Comment les collectivités peuvent-elles réagir ? L'ajustement des dotations financières versées par les départements aux établissements, calculé selon les variations de l'IPS et le taux d'accueil des élèves boursiers, constitue un levier de régulation expérimenté par certaines collectivités[12] Cependant, cette capacité d’action demeure encadrée par une gouvernance largement centralisée : la sectorisation scolaire, les règles d’affectation et le cadre juridique du financement des établissements privés sous contrat relèvent principalement de l’État. 

À Paris, la question de la régulation de la place de l’enseignement privé sous contrat s’impose comme un marqueur fort de la campagne municipale. La capitale compte 26 % d’élèves scolarisés dans le privé, une proportion qui atteint 37 % au collège et 40 % au lycée. La FCPE Paris, première fédération de parents d’élèves, a contribué à politiser le débat en alertant sur la perspective d’« un enfant parisien sur deux scolarisé dans le privé » si la tendance actuelle se poursuit.

Dans ce contexte, Emmanuel Grégoire (PS) défend une ligne articulée autour de la conditionnalité des financements publics. Selon lui, une école privée financée par l’impôt doit participer pleinement au service public, notamment en matière de mixité sociale. Il plaide pour une plus grande transparence sur les critères de recrutement, la fixation d’objectifs de mixité et la mise en place d’un système de bonus-malus sur les financements municipaux. À l’inverse, la position défendue par Rachida Dati repose sur la contractualisation et les contreparties. Elle évoque la possibilité de conventions incluant des coopérations matérielles entre établissements publics et privés. À gauche, Sophia Chikirou (LFI) adopte une ligne plus radicale, en proposant de supprimer tout soutien municipal au privé qui irait au-delà des obligations légales.

Une gouvernance scolaire partagée mais asymétrique 

Le fonctionnement de l’école repose sur une répartition des responsabilités entre l’État et les collectivités territoriales. 

L’État définit les programmes, recrute et rémunère les enseignants, organise la carte scolaire et fixe le cadre réglementaire 

Les communes construisent et entretiennent les écoles, financent les équipements et la restauration scolaire et emploient les personnels municipaux 

Cette organisation crée une situation paradoxale : les collectivités financent une part importante du fonctionnement matériel de l’école, mais disposent de marges limitées sur son organisation pédagogique.

 

Quelles perspectives pour les élections municipales ?

saturation financière pour les collectivités 

Ces élections s’inscrivent dans un questionnement sur la soutenabilité financière des transitions en cours. L’accumulation des charges incompressibles signale une saturation des capacités d’autofinancement : rénovation thermique, inflation de la restauration scolaire, maintenance d’équipements numériques.

Toutefois, les politiques éducatives locales ne se réduisent pas à une variable budgétaire. Elles participent de l’attractivité territoriale, de la cohésion sociale et de la transition écologique. Les démarches telles que le programme « Ville amie des enfants » porté par UNICEF France, qui a mobilisé plus de 300 collectivités entre 2020 et 2026, montrent qu’une approche intégrée articulant cantine inclusive, égalité filles-garçons et soutien à la parentalité peut renforcer le lien entre école et territoire. 

Un nécessaire rééquilibrage institutionnel 

La question qui se pose désormais est celle du partage des responsabilités. La Cour des comptes dans son rapport annuel consacré aux politiques publiques en faveur de la jeunesse rappelle que la gouvernance de l’enseignement primaire demeure largement structurée par des principes hérités du XIX siècle.

Or, cette organisation très centralisée dans la décision pédagogique repose sur un financement largement partagé avec les municipalités. Dans ce contexte, la Cour recommande la conclusion de conventions triennales entre les élus locaux et les services de l’Éducation nationale afin d’objectiver en commun les priorités éducatives à l’échelle territoriale. 

Cette orientation a commencé à se concrétiser avec la signature, en mai 2025, d’un protocole d’accord entre l’Association des maires de France et les ministères de l’Éducation nationale et des Sports. Ce protocole porte sur la carte scolaire, l’école inclusive, le périscolaire, le bâti scolaire et l’accès aux équipements sportifs.

Conclusion 

Les municipales de 2026 laissent entrevoir deux perspectives : soit la logique actuelle de transfert implicite de charges vers les communes se poursuit, au risque d’accentuer les inégalités territoriales ; soit se dessine une meilleure articulation entre responsabilité financière, autonomie locale et pilotage national. Pour les enseignants, ces arbitrages détermineront la capacité de l’école à remplir sa mission d’égalité.

 


[1] https://www.ekole.fr/blog/leducation-est-un-enjeu-cardinal-des-elections-municipales-de-2026, consulté le 27 février 2026.

[2] Les estimations de l’IFRAP et du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (janvier 2025) situent ce coût entre 7,71 et 8,33 euros selon la taille des structures.

[3] Elle atteint 2,37 euros par plateau. Observatoire Un Plus Bio, février 2025 ; Bilan gouvernemental de l’agriculture 2025-2026.

[4] Association des Maires de France, 2024, « Enquête La restauration scolaire : des communes volontaires malgré les difficultés persistantes », https://www.amf.asso.fr/documents-enquete-2024la-restauration-scolaire-communes-volontaires-malgre-les-difficultes-persistantes-/42249

[5]UNICEF France 2025, https://www.villeamiedesenfants.fr/article/avignon-une-cantine-pour-tous/, consulté le 27 février 2026.

[6] Caisse des dépôts, 2025, Blog, « L’école fait sa mue », Vincent Bourjaillat, https://www.caissedesdepots.fr/eclairage/blog/articles/lecole-fait-sa-mue, consulté le 27 février 2026 ; ces établissements représentent à eux seuls 30 % du patrimoine immobilier public.

[7] Communiqué de presse, Greenpeace, juin 2025, « Canicule : les écoles, collèges et lycées en surchauffe, la rénovation écologique du bâti scolaire public est une urgence ! » https://www.greenpeace.fr/espace-presse/canicule-les-ecoles-colleges-et-lycees-en-surchauffe-la-renovation-ecologique-du-bati-scolaire-public-est-une-urgence/

[8] Rapport sur la rénovation énergétique des bâtiments scolaires, février 2020, François Demarcq, https://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/275695.pdf ; Rapport d’information de l’Assemblée Nationale, adaptation des écoles aux enjeux climatiques, décembre 2023 : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/rapports/cion-cedu/l16b1974_rapport-information#

[9] Débat ayant eu lieu le 26 février 2026 : https://www.lyoncapitale.fr/elections-2026/elections-municipales-2026/municipales-a-lyon-renovation-des-ecoles-gratuite-cantines-periscolaire-le-grand-debat-sur-l-education, consulté le 2 mars 2026.

[10] Plan Ville de Marseille, 2026.

[11] OCDE, Digital Education Outlook 2026.

[12] Cour des Comptes, 2025.

✒ Les autrices et les auteurs

Léonore Darrobers

Léonore Darrobers

Professeure agrégée d'Histoire

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