Le carnet de lecteur : un outil au service du plaisir de lire
Préconisé dans les programmes de 2025 des cycles 2, 3 et 4, le carnet de lecteur est depuis longtemps utilisé dans certaines classes. C’est un outil vivant, polymorphe et créatif au service de la lecture et de tous les lecteurs. Comment le mettre en place dans nos classes, le faire exister sur le long terme et le faire évoluer au cours de l’année ? Comment motiver les élèves petits lecteurs ou les enfants peu investis dans ce projet ? Voici quelques pistes – non exhaustives – pour se lancer ou revaloriser nos pratiques existantes.
Le carnet de lecteur, qu’est-ce que c’est ?
Voici la définition que je donne du carnet de lecteur à ma classe.
C’est un support qui permet aux élèves de garder des traces de leurs lectures sous plusieurs formes. Il est personnel et se construit tout au long de l’année lors de séances dédiées. Il n’est pas évalué et permet d’impliquer les enfants dans la présentation de leurs livres lus, où qu’ils en soient dans leur parcours d’élèves-lecteurs. C’est un espace libre, créatif et ludique, pensé pour valoriser le plaisir de lire.
L’organisation matérielle
Ce carnet n’est pas mêlé à un autre domaine, c’est un outil entièrement dédié à cet usage qu’on lui donne. Un cahier classique peut être utilisé, un porte-vue ou un carnet. L’idée est de le personnaliser, de pouvoir le rendre joli, attractif.
Pour cela, je propose pour ma part des carnets souples format A5 (lignés ou non), d’environ 60-90 pages. Je les offre à mes élèves en début d’année, il s’agit de mon cadeau de rentrée. Je mets à la disposition des enfants de nombreux outils dans un grand bac : des autocollants, des tampons, du masking tape, des magazines à découper, mais aussi des supports de travail photocopiés. Les élèves ont le droit de se servir dans ce bac, ils y ont accès tout le temps. Ils peuvent travailler sur leur carnet en classe durant le temps dédié ou chez eux. Pour la première fois cette année, deux élèves très investis ont déjà fini le leur !
Il faut aussi pouvoir proposer une bibliothèque de classe riche et variée dans laquelle les élèves peuvent s’investir.
Que trouve-t-on dans le carnet de lecteur ?
Les élèves peuvent y inscrire des noms de livres qu’ils souhaiteraient lire (sous forme d’étagères, de piles, de listes), des idées d’activités (bingos littéraires, book awards), des sélections de livres, des comptes-rendus de lecture sous de nombreuses formes (résumés, BD, cartes postales, affiches promotionnelles…), des fiches de lecture, des devinettes autour de titres de romans, etc.
Ils peuvent garder des traces de leurs lectures personnelles, des lectures offertes de la classe, d’éventuels prix littéraires auxquels ils auraient participé comme le Prix des Incos… Les élèves peuvent écrire mais aussi dessiner, illustrer, faire des collages. L’idée est que certaines choses soient obligatoires et d’autres facultatives.
Le rôle de l’enseignant
Au début, les enfants ne savent pas quoi faire de ce carnet. Cet espace libre, personnel, est souvent nouveau pour eux. Pour les aider, je préconise trois choses :
- Rassurer les enfants sur le fait que le carnet leur appartient, qu’il n’est pas un outil d’évaluation, qu’il ne sera pas noté, que l’on peut y faire des fautes d’orthographe.
- Proposer un temps dédié hebdomadaire d’environ 20 minutes pour que les enfants puissent se consacrer à leur carnet de lecteur. Ce moment est attendu par mes élèves. Certains y passent beaucoup plus de temps, l’emportent chez eux le soir, le week-end ou pendant les vacances. Inscrire le travail autour de ce carnet à l’emploi de temps permet de l’ancrer dans les habitudes de classe, de lui donner une vraie place et de l’importance comme celle des autres matières.
- Proposer des modèles, des idées aux enfants. Pour cela j’ai un porte-vue avec plein de photos de mes propres carnets de lecteurs mais aussi des réalisations d’élèves des années précédentes. Cette ressource motive et inspire les élèves. Je mets également toutes les semaines en valeur les jolies pages ou les bonnes idées de mes élèves en montrant à la caméra leurs réalisations à l’ensemble de la classe.
Cette valorisation peut prendre la forme d’une exposition, d’une présentation aux parents ou aux autres classes.
Et si ça ne prend pas ?
On ne va pas se mentir, certains élèves sont difficiles à motiver sur ce projet. Son caractère ludique, non évalué, le manque d’appétence ou des difficultés pour la lecture peuvent bloquer des enfants.
J’ai depuis quelques années trouvé une solution qui fonctionne bien dans mes classes : les défis !
Par semestre, les élèves ont sept défis à accomplir : interroger un proche sur son livre préféré, dessiner la bibliothèque de ses rêves, présenter son personnage préféré…
À chaque défi validé, ils reçoivent un autocollant à collectionner. Quand tous les défis sont réalisés, l’élève gagne un petit cadeau en lien avec la lecture ou le carnet de lecteur (marque page personnalisé, affiche, planche de stickers livresques…).
Cela aide beaucoup les enfants qui manquent d’idées ou d’imagination. Les défis sont concrets et accessibles à tous les élèves (quel que soit leur âge ou leurs éventuelles difficultés de lecture).
On se lance ?
Le carnet de lecteur est une aventure plébiscitée par les enfants et qui complète parfaitement le reste du travail fait en classe autour de la lecture. Il allie le travail de production écrite, de création artistique et de lecture.
C’est un espace de liberté d’expression apprécié des enfants qui gardent trace et souvenir de leurs découvertes littéraires pour pouvoir les partager. C’est un pilier d’une classe comme communauté de lecteurs.