La littérature pour développer la communication non-violente
Communiquer sans heurter l'autre ne va pas de soi : c'est un savoir-être qui se travaille. La communication non-violente (CNV) nous invite à rompre avec nos habitudes de jugement voire d’agressivité pour laisser place à l'expression calme de nos besoins. En utilisant la littérature de jeunesse comme support de réflexion, les enseignants peuvent accompagner les élèves dans le développement de leur empathie et les initier aux rouages de la communication non-violente.
LA COMMUNICATION NON-VIOLENTE : DE QUOI PARLE-T-ON ?
La communication non-violente est une approche relationnelle développée par le psychologue Marshall Rosenberg. Elle favorise des échanges respectueux, sincères et empathiques. Elle repose sur l’idée que les conflits naissent généralement de malentendus ou de jugements, et qu’une meilleure qualité de communication permet de préserver les relations tout en répondant aux besoins de chacun. La communication non-violente invite ainsi à remplacer les critiques et les accusations par une expression claire et bienveillante de ce que l’on vit. Plutôt que de chercher un coupable, la communication non-violente cherche plutôt une solution, un compromis ou le respect des limites personnelles de chacun.
OSBD : la méthode de la communication non-violente
Cette méthode est la base de la communication non-violente et s’articule autour de quatre étapes fondamentales.
| Observation | D’abord, l’observation des évènements de manière factuelle, aussi objective que possible, sans interprétation ni jugement. « Ce matin, tu as dit que mon tee-shirt était moche. » |
| Sentiment | Ensuite, l’identification et l’expression des sentiments que ces faits suscitent en nous. « Quand tu as dit ça, je me suis senti triste. » |
| Besoin | La troisième étape consiste à reconnaitre les besoins à l’origine de ces émotions, car ils sont universels et légitimes. « Ça me blesse parce que ce tee-shirt me plait beaucoup, à moi, et que je me sens rejeté quand tu dis ça devant tout le monde. J’ai besoin que tu sois gentil avec moi. » |
| Demande | Enfin, la quatrième étape est la formulation d’une demande concrète, réalisable et positive, adressée à l’autre. « Est-ce qu’à l’avenir, tu peux garder pour toi tes opinions sur mes goûts et mes vêtements s’ils peuvent me blesser ? » |
Très souvent, les élèves demandent simplement des excuses. J’aime plutôt leur demander de réfléchir : « Comment faire pour que cette situation n’arrive plus ? ». Des excuses qui sont demandées n’ont pas la même valeur que des excuses spontanées.
Parallèlement, les élèves apprennent aussi que, lorsque l’on blesse quelqu’un, même involontairement, il est important de s’excuser. S’excuser, c’est reconnaitre qu’on a causé du tort à une personne et dire, d’une certaine façon, que l’on a réfléchi à son erreur et que l’on essaiera de ne plus la reproduire. Toutefois, je préfère qu’ils le verbalisent clairement, en plus des excuses : « J’ai compris que… », « À l’avenir, je… ».
Qu’on applique la méthode OSBD ou le message clair, le but est d’éviter la recherche du coupable (voire sa condamnation) mais d’exprimer clairement et calmement ses limites.
Les piliers de la communication non-violente
La communication non-violente repose sur un équilibre entre la présence à soi et l'ouverture à l'autre. Elle débute par une phase d’auto-empathie, une étape fondamentale où l’on se connecte à sa propre météo intérieure pour identifier ses émotions et ses besoins. Cette clarté interne est ce qui rend possible l’expression honnête : le fait de dire sa vérité avec authenticité, sans juger ni critiquer son l’interlocuteur. C’est également l’occasion de s’apaiser pour entrer en dialogue dans le calme.
Une fois ce terrain préparé, la relation s'établit grâce à une écoute empathique de la part du destinataire. Il ne s’agit pas seulement d’entendre les mots de l’autre, mais de chercher à comprendre ses émotions et ses besoins profonds, sans interrompre ni juger. Cette posture favorise un climat de confiance et permet à chacun de se sentir reconnu. En établissant un dialogue entre affirmation de soi et accueil de l'autre, la communication non-violente devient un outil précieux pour désamorcer les tensions et construire des solutions communes.
Si cet apprentissage s'avère précieux pour apaiser le climat scolaire, il forge également des compétences relationnelles durables qui accompagneront les élèves toute leur vie. Gageons que si cette communication devenait un automatisme pour chacun, le monde de demain n'en serait que plus serein.
La littérature pour découvrir et s’entrainer à la communication non-violente
Les douze activités qui suivent peuvent être réunies pour former une séquence complète sur l’apprentissage de la communication non-violente mais peuvent aussi être utilisées au détour d’un travail de lecture-compréhension. Chacune peut être répétée à plusieurs reprises, ce qui renforcera son effet.
Il n’est pas nécessaire de mettre en place les douze activités au cours d’une année. La pluralité des propositions permet de choisir la plus pertinente selon vos élèves et les livres étudiés. C’est aussi l’occasion d’étaler leur pratique tout au long de la scolarité de vos élèves.
Les premières activités se concentrent sur l’empathie car ce sont les activités les plus simples à mettre en place : elles ne touchent pas les sentiments profonds et les états d’âmes de nos élèves qui restent extérieurs à la situation. Pour développer l’auto-empathie, les activités inviteront les élèves à oser regarder ce qui se passe à l’intérieur. C’est parfois beaucoup plus délicat selon le vécu de chacun, mais aussi en fonction des normes qui auront été intériorisées.
En effet, il est important de noter que la perception des émotions est souvent biaisée par les stéréotypes de genre : la colère est parfois valorisée chez les garçons au détriment de la tristesse, tandis que l'on attend plus volontiers des filles qu'elles manifestent de la joie plutôt que de l'agressivité.
Enfin, quelques soient les activités menées, elles ne prendront de sens que lorsque la communication non-violente sera mise en application au quotidien, entre les élèves mais aussi entre adultes, et entre élèves et adultes de l’école. La littérature jeunesse permet d’entrer dans le sujet mais ne remplace pas l’authenticité des situations vécues au quotidien.
Poser les bases de l’empathie
Il peut sembler difficile de faire ressentir à un élève les émotions d’une autre personne, mais il est tout à fait possible de développer l’empathie cognitive : cette capacité à comprendre et imaginer le ressenti d’un autre. Il s’agit d’être capable d’adopter un autre point de vue mais aussi de faire le lien avec ses propres émotions pour mieux appréhender la situation.
Les émotions ne sont ni bonnes ni mauvaises. Elles agissent comme des signaux biologiques nous dictant la conduite à tenir face à notre environnement :
- La peur nous avertit d'un danger pour nous mettre en sécurité.
- La colère mobilise l'énergie nécessaire pour réagir ou poser une limite.
- La tristesse invite au repli pour assimiler une perte et prendre soin de soi.
- La joie favorise l'ouverture, le lien social et la répétition d'expériences positives.
- La surprise prépare le cerveau à traiter l'inattendu.
- Le dégout commande l'évitement d'une source de nuisance ou de toxicité.
Loin d'être une parenthèse dans l'emploi du temps, l'étude des émotions par l'analyse de textes ou d'images renforce directement les capacités de lecture et d'interprétation.
Activité 1 : Lire les émotions des personnages sur les illustrations
Matériel : une sélection d’albums ou un diaporama présentant couvertures et illustrations sélectionnées. Vous pouvez en trouver dans cet article.
Cette activité propose d'analyser les états internes d'un personnage à travers une illustration extraite dans un livre. Si l'échange commence à l’oral, il peut évoluer vers une trace écrite pour les élèves plus grands.
L’activité s'articule autour de trois tâches :
- L'identification : « Que ressent le personnage et quels indices (visage, posture) le prouvent ? » L'objectif est d'apprendre à décoder les signaux non verbaux. Bien veiller à différencier les signes visibles (observations) des émotions supposées (suppositions).
- L'interprétation : « Quelle situation a provoqué ce sentiment ? » En s'appuyant sur leur expérience personnelle, les élèves réalisent qu'une émotion peut naitre de contextes variés et partagés.
L’anticipation : Une troisième étape consiste à imaginer la réaction du personnage : « A votre avis, que va-t-il faire ? », soulignant ainsi que tout le monde ne réagit pas de la même façon face à une émotion.
Activité 2 : Changer de point de vue
Matériel : un extrait de texte, choisi selon ces critères :
- Le texte suit le point de vue d’un personnage.
- Il y a plusieurs personnages qui sont tous traversés par une ou des émotions.
Le but de l’activité est de réécrire le texte en adoptant le point de vue d’un personnage secondaire. Cette réécriture peut se faire seule, en groupe ou collectivement (dictée à l’adulte).
Prenons l'exemple d'un match de basket où un joueur rate le panier décisif sous les sifflets du public. L'exercice consisterait à faire décrire la scène à travers les yeux d’un spectateur ou d’un coéquipier : « Est-il déçu, triste, protecteur ou en colère ? » Les élèves doivent explorer son monologue intérieur et ses émotions face à l'échec du protagoniste.
- Découverte du texte : Lecture par l'enseignant.
- Première analyse : Échange collectif pour identifier les émotions du protagoniste.
- Changement de personnage : Seconde lecture focalisée sur un personnage secondaire.
- Deuxième analyse : Discussion sur le ressenti de ce personnage.
- Consignes : Explication de l’activité et amorce collective de la réécriture au tableau.
- Ecriture : Les élèves finalisent le récit, seuls ou en groupe.
- Partage : Lecture des textes produits, sur la base du volontariat.
Activité 3 : Les cercles de lecture des émotions
Matériel : un extrait sera choisi selon les critères suivants :
- Il y a plusieurs personnages.
- Chaque personnage sera traversé par une ou plusieurs émotions.
- Le texte contient suffisamment d’indices à ce sujet pour que les élèves puissent les percevoir (ce qui dépend du niveau de compréhension des élèves).
L’enseignant propose la lecture d’un extrait. Cette lecture est réalisée par le professeur ou par les élèves. Chaque élève se voit attribuer un personnage et le connait avant la lecture.
Ensuite, l’activité (jigsaw) se déroule en quatre temps :
- Réflexion individuelle : L’élève note au brouillon les émotions identifiées chez son personnage.
- Réunion des « experts » : Les élèves ayant suivi le même personnage se regroupent pour comparer leurs analyses et justifier leurs choix à l'aide du texte.
- Mise en commun croisée : De nouveaux groupes sont formés, réunissant un représentant de chaque personnage. Chacun expose aux autres les conclusions de son analyse.
- Trace écrite (Facultatif) : Synthèse individuelle ou collective dans un tableau récapitulatif pour fixer les acquis.
| Nom du personnage | Emotion(s) | Indices dans le texte |
Prolongement possible : Si la scène contient des dialogues, il est possible de faire jouer la scène aux élèves. Cette option permet de faire le lien avec la découverte de l’auto-empathie.
Découvrir l’auto-empathie
Pilier fondamental de la communication non-violente, l’auto-empathie consiste à tourner son projecteur vers l'intérieur pour identifier ce qui se passe en soi. C'est, en quelque sorte, s'offrir à soi-même la bienveillance que l'on accorde habituellement aux autres.
Les activités suivantes partent d’un personnage puis invitent les élèves à se mettre à sa place et à explorer ce qu’ils ressentiraient. Il est aussi question de repérer les signaux envoyés par le corps ou la pensée pour chacun d’entre eux.
Pour aller encore plus loin, les activités 7 et 8 invitent les élèves à identifier ce qui permet de les apaiser et de découvrir les bienfaits de la bienveillance orientée vers soi-même.
Activité 4 : Se mettre à la place d’un personnage
Matériel : Un album ou un roman riche en émotions comme Mémé t’as du courrier de Jo Hoestlandt pour les élèves de cycle 3.
A l’image de l’activité 3, il s’agit de se mettre à la place d’un personnage à un moment où l’émotion est intense.
Après la lecture, chaque élève reçoit un dessin de thermomètre ou une jauge. Ils peuvent aussi mimer l’intensité en plaçant la main horizontalement et en la levant plus ou moins haut pour signifier l’intensité de l’émotion. Le professeur demande :
« Si tu étais à la place du personnage dans cette situation, à quel point ton cœur serait-il agité ? »
La question peut s’adapter à l’émotion : « à quel point serais-tu triste ? », « à quel point serais-tu en colère ? », etc. L’activité peut être un réflexe à chaque lecture et n’a pas besoin d’être longue.
Il s’agit d’apprendre à évaluer l'intensité de son propre ressenti, sans jugement (bien ou mal). Ici, les élèves réalisent que chacun ressent les émotions avec une intensité variable et qu’une même situation ne génère pas le même effet selon la personne qui la vit. En matière d’émotions, il n’y a ni bonne, ni mauvaise réponse. Chacun est différent.
Activité 5 : Faire du théâtre
Matériel : un texte de théâtre qui sera joué en classe, adapté aux capacités des élèves.
À partir de saynètes ou d’une pièce de théâtre, demander aux élèves de réfléchir aux émotions vécues par leur personnage. Réfléchir, ensuite, aux manières de l’exprimer : « Comment te sentirais-tu intérieurement ? », « Comme cela se manifesterait-il physiquement ? »
Ensuite, faire jouer la scène.
Activité 6 : Quand je me sens…
Matériel : plusieurs extraits de livres où les effets physiques des émotions sont décrits comme dans Quelque chose sur le cœur d’Amélie Antoine.
L'objectif de cette séance est d'apprendre aux élèves à identifier les manifestations des émotions dans un texte pour mieux savoir décrire les leurs.
Étape 1 : Analyse du texte
Proposez la lecture d'un extrait et demandez aux élèves de réaliser un travail de repérage en surlignant des expressions ou des mots de deux couleurs différentes :
- Une couleur pour les manifestations physiques (par exemple : gorge nouée, mains qui tremblent, chaleur).
- Une autre couleur pour les pensées et les questionnements intérieurs du personnage.
Procédez de même avec plusieurs extraits.
Étape 2 : Préparation à l'écriture
Avant de passer à la rédaction, aidez les élèves à enrichir leur lexique grâce à une carte mentale collective.
- Exploration : Listez le vocabulaire issu de plusieurs extraits littéraires.
- Enrichissement : Complétez la carte avec les connaissances des élèves.
Pour les guider, posez des questions ciblées pour stimuler la réflexion :
« Quand tu te sens triste (ou en colère, ou joyeux), quelles sont tes pensées ? Que ressens-tu précisément dans ton corps ? »
Étape 3 : Production d'écrit (Le passage à soi)
Les élèves rédigent un court texte relatant un souvenir personnel (réel ou imaginaire) lié à une émotion forte. Les élèves doivent veiller à écrire ce qu'ils ont pensé (le dialogue intérieur) et ce qu'ils ont ressenti physiquement (les sensations corporelles).
Activité 7 : Ce qui me fait du bien (mon coffre à trésors)
Matériel : un album qui évoque la gestion des émotions comme Le livre de mes émotions : La colère de Stéphanie Couturier, une boite en carton décorée par élève (ou une illustration), du matériel créatif (feuilles, ciseaux, etc.)
Étape 1 : Lecture de l’album
Lisez l'album choisi en mettant l'accent sur le ou les moments de bascule : celui où le héros réussit à canaliser une émotion envahissante. Demandez : « Qu'est-ce qui a aidé le personnage à se sentir mieux ? Était-ce un objet, une personne, ou quelque chose à l'intérieur de lui ? »
Étape 2 : Réflexion (faire le lien avec soi)
Lancez une discussion collective pour lister des « trésors de soin » universels. Aidez les élèves à mettre des mots sur leurs besoins :
« Et vous, quand vous êtes tristes, stressés ou en colère, qu'est-ce qui agit comme un pansement sur votre cœur ? Qu’est-ce qui vous aider à vous sentir mieux ? »
Quelques réponses possibles : le silence, s'isoler, voir un ami, un câlin, dessiner, courir, danser, boire un verre d'eau, regarder par la fenêtre, etc. En général, quand quelques élèves ont partagé leurs idées, les autres suivent rapidement.
En cas de blocage : ciblez une seule émotion et changez-en quand vous pensez avoir fait le tour.
Étape 3 : Création du « Coffre à trésors »
Chaque élève confectionne son coffre personnel. Les élèves écrivent ou dessinent sur des étiquettes leurs propres solutions de réconfort, puis les glissent dans leur coffre.
Si ce n’est pas déjà fait, encouragez-les à décorer l'extérieur du coffre pour qu'il leur ressemble. En cas de crise émotionnelle ou de besoin, l’élève pourra revenir à sa boite pour trouver les moyens de s’apaiser.
Activité 8 : Des mots doux pour moi-même
Matériel : un livre qui évoque le sentiment d’échec ou un livre où le personnage commet une erreur (par exemple Fan de foot tome 3 : Tricheur ! de Eric Simard.
Étape 1 : Le miroir de l'amitié (Échange oral)
Lisez le livre et arrêtez-vous au moment où le personnage se sent nul, seul ou découragé. Demandez :
« Si votre meilleur ami était aussi triste ou déçu que le héros de notre histoire, que lui diriez-vous pour le consoler ? »
Notez au tableau les mots doux et les encouragements qui émergent. Par exemple, « C'est normal d'avoir peur. », « Tu as fait de ton mieux. », « Je suis là pour toi. », etc.
Étape 2 : Le transfert (L'auto-empathie)
Expliquez aux élèves que ce meilleur ami, pour aujourd'hui, c'est eux-mêmes. Proposez-leur de s'adresser à leur propre cœur, comme s'ils se parlaient de l'extérieur avec toute la gentillesse possible.
Étape 3 : Création de la mini-lettre ou du dessin
Selon le niveau et l'aisance des élèves, choisissez le format :
- Un écrit : « Cher moi, quand tu te sens …, n'oublie pas que... »
- Un dessin pour les plus jeunes : se représenter soi-même en train de recevoir un câlin ou entouré de symboles réconfortants.
L'auto-empathie demande de l'entrainement. Ne soyez pas surpris si certains élèves ont du mal à trouver des mots bienveillants pour eux-mêmes au début. Vous pouvez les guider en leur proposant d’imaginer qu’ils écrivent à leur meilleur ami. Ensuite, ils reliront leur lettre comme si elle avait été écrite par quelqu’un d’autre et leur était destinée.
Cette lettre peut rester privée, cela facilitera l’expression sincère des élèves. Ils peuvent choisir de la plier et de la garder dans leur cartable.
S’entrainer à la communication non-violente
Avant d’introduire ces activités, expliquer la démarche de la communication non-violente pour que ces activités fassent sens et qu’ils comprennent le but de cet entrainement. A chaque fois, faire le lien avec les situations réelles et quotidiennes qu’ils peuvent vivre.
Activité 9 : Apprendre à observer
Matériel : un album illustré où un jugement risque d’être porté comme l’image où la jeune fille a casé un vase avec un ballon dans Les bêtises, tu veux qu’on en parle ? de Carine Simonet.
Il s’agit d’apprendre aux élèves à décrire une situation en s'en tenant aux faits. L'enjeu est de développer leur esprit analytique en isolant ce qui est visible de ce qui est ressenti ou jugé.
Note : cette compétence est utile dans le cadre de la communication non-violente mais aussi en sciences et en histoire.
Cachez le texte et demandez : « Que voyez-vous précisément sur cette image ? ».
Si l’élève dit : « Elle est méchante », ramenez-le à l'observation : « Je vois ses sourcils froncés, sa bouche ouverte et un objet renversé ».
S’il dit « Elle a fait une bêtise », revenez aux faits :
- « Que fait-elle ? »
- « Le sais-tu ou le devine-tu ? »
- « Comment sais-tu que c’est elle ? », « Est-ce suffisant ? »
- « Pourquoi dis-tu que c’est une bêtise ? », « Le mot bêtise implique un jugement de l’acte, tu ne crois pas ? ».
Activité 10 : Comprendre le besoin
Matériel : un livre où les agissements d’un personnage posent problèmes comme un loup qui veut manger tout le monde comme dans La maladie de je-ne-sais-quoi de Nadine Brun-Cosme.
Nous voulons pousser les élèves à deviner le besoin qui se cache derrière le comportement du personnage choisi.
Après lecture, menez l’échange :
- « Que fait ce personnage ? »
- « Qu’est-ce que vous en pensez ? »
- « A votre avis, à quel besoin essaie-t-il de répondre ? »
- « Quel besoin se cache derrière ces agissements ? ».
Par exemple, le loup est-il méchant ou a-t-il simplement un besoin de nourriture ? de compagnie ? d'attention ?
Note : Attention ! Il ne s’agit pas de valider leur comportement. Faire du mal à quelqu’un n’est pas acceptable, même si c’est l’expression d’un besoin ! L’activité 12 permet justement d’aller à l’étape suivante : celle de la communication.
Activité 11 : Le jeu de l’empathie en suivant la méthode OSBD
Matériel : un conte classique comme Les Trois Petits Cochons ou Blanche Neige mais l’activité fonctionne aussi avec n’importe quel antagoniste ou personnage secondaire.
Les élèves sont invités à se mettre à la place d'un personnage dont on se soucie généralement peu. Il s’agit de pratiquer l'écoute empathique, même envers celui que l'on considère comme le méchant.
Après la lecture, un élève s'assoit sur la "chaise de l'empathie" et incarne le personnage choisi (par exemple, le loup des Trois Petits Cochons). Les autres élèves lui posent des questions inspirées des étapes de la communication non-violente et en s’appuyant sur toutes les capacités d’empathie qu’ils ont développées :
- Observation : « Que s'est-il passé ? », « Qu’as-tu fait ? »
- Sentiment : « Comment te sentais-tu quand la maison ne tombait pas ? », « Qu’as-tu ressenti quand tu es tombé dans la marmite ? »,
- Besoin : « De quoi avais-tu besoin à ce moment-là ? », « De quoi avais-tu envie ? »
Activité 12 : La réécriture des dialogues (version girafe)
Matériel : une scène de conflit comme dans Cédric veut être fils unique ! d’Aurélie Desfour.
Relevez les paroles « chacal » (attaques, cris, paroles agressives, menaces, etc.).
En groupe, changez les paroles du personnage en utilisant le processus OSBD (paroles « girafes »). Par exemple :
« Quand tu me suis partout, je me sens énervé car j'ai besoin de calme et de pouvoir être seul parfois. Est-ce que tu peux me laisser quelques moments de calme ? ».
Il s’agit de s’entrainer à formuler une demande claire, positive et négociable. Dans l’exemple de « Cédric veut être fils unique ! », la petite sœur aurait aussi probablement quelque chose à demander à son ainé. Il est possible de reproduire cet exercice avec d’autres personnages du livre.