Le monde dans ma classe

De Gaulle et la France éternelle : histoire, mémoire et mythe politique

✒ Léonore Darrobers, professeure agrégée d'Histoire

Alain Peyrefitte, ministre de l’Information dans les années 1960, disait que la « vérité du général est dans sa légende. » En effet, la plus grande réussite du général de Gaulle réside dans la construction de son mythe. Chaque année, le 18 juin donne lieu à des commémorations et à des discours officiels ; cette année, les élèves peuvent aller voir au cinéma le film d’Antonin Baudry consacré au général de Gaulle. Pourtant, l'historien sait que l'événement que nous célébrons aujourd'hui ne correspond pas exactement à ce qui s'est produit le 18 juin 1940. Peu de Français ont entendu l'appel lancé depuis Londres. Le texte que nous connaissons est en partie une reconstitution postérieure – la BBC n’ayant pas jugé utile d’archiver l’extrait dudit appel. Son impact immédiat fut limité, bien qu’après plusieurs semaines, la voix radiophonique du général à Londres fût identifiée comme celle de la Résistance. Comment expliquer alors qu'il soit devenu l'un des moments les plus importants de la mémoire nationale française, une date que tous les élèves doivent connaître pour leur brevet ?

La réponse tient moins à l'événement lui-même qu'à la vision de l'Histoire portée par Charles de Gaulle. Car le général n'a pas seulement incarné la Résistance ; il a également construit un récit de la France qui a fortement influencé la construction de la Ve République, comme notre manière désormais d’enseigner l’Histoire.

Le 18 juin ou la naissance d'un mythe fondateur

Le 18 juin appartient à cette catégorie d'événements dont la portée symbolique dépasse largement leur réalité immédiate. L'appel lancé depuis Londres devient progressivement le moment où la France refuse la défaite et retrouve sa voix. Il permet de résoudre une contradiction fondamentale née de l'été 1940 : comment expliquer qu'un pays vaincu, dont le gouvernement a demandé l'armistice, puisse néanmoins se retrouver du côté des vainqueurs en 1945 ?

 

  1. La baguette magique gaullienne 

Le récit gaullien apporte une réponse simple : la véritable France n'était pas à Vichy mais dans la Résistance. Dès lors, le 18 juin cesse d'être seulement un discours pour devenir un acte fondateur. Il incarne la continuité de la Nation au moment même où ses institutions semblent avoir disparu. Comme l'explique Sudhir Hazareesingh, par l'effet de ce qu'il faut bien appeler une « baguette magique gaullienne », « le 18 Juin est passé du statut de nouveau Waterloo, témoin d'une défaite humiliante, au symbole d'une renaissance, d'une vitalité et d'une opiniâtreté toutes françaises » (Le mythe gaullien, Sudhir Hazareesingh, Gallimard, 2010, p. 14).

Toute la force du gaullisme réside dans cette opération de transfiguration historique. Là où les contemporains voyaient d'abord l'effondrement militaire, l'exode et l'armistice, le récit élaboré par de Gaulle fait du 18 juin le point de départ d'une renaissance nationale. La défaite cesse d'être le terme d'une histoire pour devenir l'origine d'une reconquête.

 

  1. Le 18 juin, une réponse politique, symbolique et mythique

Avec de Gaulle, la dimension symbolique est indissociable de l'action politique. L'appel du 18 juin constitue certes une réponse immédiate à l'annonce de l'armistice par le maréchal Pétain le 17 juin 1940 ; mais il est aussi une mise en scène destinée à maintenir l'espérance et à faire exister une autre France, libre et combattante. Le travail de mémoire accompli après la guerre transforme progressivement cet épisode en référence fondatrice : une véritable « tradition inventée ». Maurice Agulhon pouvait ainsi voir en de Gaulle un remarquable « créateur de mythe ». 

Par l’appel du 18 juin, le général cherche à maintenir l’espérance, tout en se définissant comme l’incarnation des forces vives du pays : « Devant la confusion des âmes françaises, devant la liquéfaction d’un gouvernement tombé sous la servitude ennemie, devant l’impossibilité de faire jouer nos institutions, moi, général de Gaulle, soldat et chef français, j’ai conscience de parler au nom de la France ». 

Dans ses discours, le général se présente comme celui qui a « ramassé le tronçon du glaive » (13 juillet 1940) abandonné par Vichy. Plus qu'un chef militaire, il se veut l'interprète de la volonté profonde du pays. Lors du quatrième anniversaire de l'appel du 18 Juin, il affirme ainsi : « Si l'appel du 18 Juin a revêtu sa signification, c'est simplement parce que la Nation française a jugé bon de l'écouter et d'y répondre, c'est parce que, malgré ses malheurs, l'honneur, la victoire, la liberté demeuraient au fond de son instinctive volonté. » (Discours du 18 juin 1944). Ainsi, le rôle du chef n'est donc pas d'imposer une direction au peuple, mais de révéler une volonté nationale déjà présente. On pourrait dire que de Gaulle prétendait être le porte-parole de la volonté générale telle que la concevait Rousseau : il revient au chef de percevoir le sentiment profond de la Nation et de lui donner une expression politique.

Cette construction rétrospective doit toutefois être abordée avec le regard critique de l'historien. Comme le rappelle Julian Jackson, grand historien britannique et auteur de la biographie à succès qui a inspiré le film d’Antonin Baudry, les textes aujourd'hui connus sous le nom d’« appel du 18 Juin » ne correspondent pas exactement aux paroles prononcées à la BBC. Le texte reproduit dans les Discours et messages est en partie une reconstruction postérieure ; les premières phrases du discours effectivement prononcé différaient de celles qui sont passées à la postérité. De même, le discours daté du 19 juin ne fut jamais prononcé, les autorités britanniques ayant refusé à de Gaulle l'accès aux ondes. Ces écarts n'enlèvent rien à la portée historique du 18 Juin, mais ils rappellent que l'événement commémoré aujourd'hui est indissociable du travail mémoriel qui l'a progressivement transformé en acte fondateur.

 

                3.  L’invention d’une tradition 

L'une des grandes forces du mythe gaullien réside dans sa capacité à agréger des héritages politiques pourtant opposés. Comme l'écrit Sudhir Hazareesingh, il parvient à « créer un dialogue créatif, à la fois explicite et latent, avec toutes les composantes majeures de la tradition politique française, du monarchisme au communisme, en passant par la Révolution française, la République et la légende napoléonienne ».

Pour condamner les termes de l’armistice, de Gaulle n’a de cesse de recourir à l’Histoire : « Jeanne d’Arc, Richelieu, Louis XIV, Carnot, Napoléon, Gambetta, Poincaré, Clemenceau, le maréchal Foch, auraient-ils jamais consenti à livrer toutes les armes de la France à ses ennemis pour qu’ils puissent s’en servir contre ses Alliés ? » (2 juillet 1940). 

« Ce type de discours permet non seulement de stigmatiser Vichy en, soulignant son caractère ''anti-français'', mais également de projeter une image héroïque de ''l’âme de la France'' pour promouvoir l’espérance et l’engagement politique. » (Le mythe gaullien, Sudhir Hazareesingh, Gallimard, 2010, p. 32).

Cette transformation d'un événement historique en mythe politique n'est pas propre à la France. Elle constitue l'un des mécanismes essentiels de la construction des mémoires collectives. Mais le cas gaullien est particulièrement intéressant car le mythe repose sur une conception très précise de l'Histoire nationale. Pour comprendre la fabrique du mythe Hazareesingh propose de dépasser la date fortement idéologisée (et sacralisée) du 18 juin 1940 pour saisir la construction du mythe gaullien : « de Gaulle était un homme du long XIXe siècle, cette période charnière de la culture politique nationale », instruit avec les manuels de Lavisse et la philosophie de Bergson. 

La philosophie de l’Histoire du général : la France comme personnage de l'Histoire

  1. De Gaulle et le récit autour de la « personne France » 

Pour comprendre de Gaulle, il faut revenir aux influences intellectuelles qui ont façonné sa vision de la France. Son rapport presque affectif à la Nation s'enracine dans une éducation familiale où se mêlent culture historique, catholicisme et patriotisme. Fils d'un professeur d'histoire aux classes préparatoires de l’école Sainte-Geneviève, Henri de Gaulle, élevé dans une famille attachée à la continuité nationale plus qu'à un régime particulier, de Gaulle grandit dans l'idée que la France ne commence ni ne s'achève avec la Révolution française. Comme l'écrit Lucien Jaume, cette formation familiale nourrit chez lui une perception presque charnelle de la nation, conçue comme une réalité vivante traversant les siècles.

Cette sensibilité le rapproche d'un auteur qu'il admirait profondément : Jules Michelet. L'historien du XIXe siècle décrivait la France comme une « personne », formule que de Gaulle reprendra fréquemment dans ses écrits comme dans ses conversations avec Alain Peyrefitte (C’était de Gaulle, Alain Peyrefitte). Pour Michelet, « l'Angleterre était un empire, l'Allemagne une race, mais la France une personne », un être collectif forgé par les siècles, les invasions, les métissages et les conflits, capable de conserver son unité au-delà des changements de régime et des déchirements de l'Histoire. Cette filiation apparaît clairement dès les premières lignes des Mémoires de guerre de Charles de Gaulle : « Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. » Derrière cette formule célèbre se dessine une véritable philosophie de l'Histoire. Pour de Gaulle, la France constitue une réalité historique plus vaste, dotée d'une continuité propre. Dans les Mémoires d'espoir, il écrit ainsi : « La France vient du fond des âges. Elle vit. Les siècles l'appellent. Mais elle demeure elle-même au long du temps. »

Dans cette perspective, la monarchie, la Révolution, l'Empire ou la République ne sont pas des histoires concurrentes ; elles participent toutes d'une même aventure nationale. L'Histoire de France est pensée comme une continuité malgré les ruptures apparentes. Cette vision explique également le rôle accordé aux grandes figures historiques. Jeanne d'Arc, Richelieu, Napoléon ou Clemenceau apparaissent comme des incarnations successives de la volonté nationale. Le grand homme intervient lorsque la Nation est menacée et lui permet de retrouver son unité.

 

  1. De Gaulle, pédagogue de la guerre : donner du sens à l’évènement 

Fils d'un professeur d'histoire et lui-même enseignant à l’école militaire, de Gaulle ne conçoit pas le rôle du chef de guerre comme une simple fonction militaire. Il ne s'agit pas seulement de diriger les opérations ou d'appeler à la résistance, mais aussi de donner un sens aux événements en cours. Tout au long de la guerre, ses discours s'efforcent d'inscrire le conflit dans une profondeur historique qui dépasse largement les circonstances immédiates. Ainsi, dès le 18 septembre 1941, il affirme à la BBC : « En réalité, le monde fait la guerre de Trente Ans, pour ou contre la domination universelle du germanisme. » La formule est révélatrice : en rapprochant le conflit mondial d'une guerre de longue durée, de Gaulle refuse d'en faire un simple affrontement conjoncturel. Il cherche au contraire à montrer à ses auditeurs que la guerre en cours s'inscrit dans une histoire beaucoup plus vaste des rapports de force européens. L’enjeu est de taille : la défense de la liberté contre la tyrannie, dans une opposition républicaine classique. 

Le mythe gaullien mobilise simultanément plusieurs registres temporels – héritage de ses lectures de Bergson. Il convoque d'abord le temps long de la Nation, celui d'une France qui, selon les mots du général, « depuis tantôt quinze siècles, a pris l'habitude d'être une grande puissance ». Il mobilise également des temporalités intermédiaires, comme cette « guerre de Trente Ans » censée relier les deux guerres mondiales dans une même logique historique. Enfin, il s'appuie sur le temps court des événements, qu'il s'agisse des combats de la Libération ou du retour au pouvoir de 1958. Cette maîtrise des échelles temporelles contribue largement à l'efficacité du discours gaullien. 

En reliant l'événement immédiat à une histoire nationale pluriséculaire, de Gaulle transforme l'actualité en destin collectif. Le chef de guerre devient ainsi pédagogue de la Nation, chargé aussi bien de conduire l'action, que d'en proposer une interprétation historique.

 

  1. De Gaulle, Jeanne d’Arc et le Panthéon national des hommes providentiels

Parmi les figures historiques mobilisées par de Gaulle, Jeanne d'Arc occupe une place singulière. Alors même que le régime de Vichy cherche à s'approprier son image en instrumentalisant le rejet des Anglais – certains de ses partisans allant jusqu'à remplacer les bustes de Marianne par des représentations de la « Sainte de la patrie » –, le général lui confère une signification différente. Chez lui, Jeanne d'Arc n'est pas seulement un symbole religieux ou patriotique ; elle devient l'incarnation de la résistance nationale face à l'envahisseur et de ce qu’il appelle lui-même la « sainte fureur française » qui anime le combat contre l'occupant. Elle incarne avant tout l'une des vertus cardinales du gaullisme : l'intransigeance dans l'honneur. Lors de la célébration de Jeanne d'Arc à Londres en 1941, De Gaulle établit explicitement un parallèle entre sa propre mission et celle de la Pucelle d'Orléans. Comme elle, il s'agit de « révéler à elle-même la Nation opprimée par l'ennemi et divisée contre elle-même ». La référence est loin d'être anodine : Jeanne d'Arc offre au chef de la France libre une figure historique permettant de légitimer sa dissidence face à un pouvoir légal mais jugé illégitime.

Toutefois, le panthéon gaullien ne se limite pas aux références monarchiques ou catholiques. L'une des forces de sa vision historique réside précisément dans sa capacité à puiser dans des traditions politiques parfois contradictoires. De Gaulle n'hésite ainsi pas à se réclamer de la Révolution française lorsqu'il affirme : « C'est une révolution, la plus grande de son Histoire, que la France, trahie par ses élites dirigeantes et par ses privilégiés, a commencé d'accomplir. » De même, les figures de Clemenceau et du maréchal Foch occupent une place centrale dans son imaginaire politique. Tous incarnent, à des époques différentes, la capacité de la nation à se ressaisir dans les moments de péril. 

Jean Lacouture (Le Monde diplomatique, 1968) résume parfaitement cette philosophie : « Toute activité humaine s'ordonne autour de la Nation, collectivité suprême modelée par l'Histoire, armée par l'État, enracinée sur un territoire, soudée par l'intérêt, entraînée par le héros. » Dans cette vision, le grand homme n'est pas extérieur à la Nation : il en devient momentanément l'expression la plus accomplie.

De la mémoire du 18 juin à la Vᵉ République

Cette conception de l'Histoire ne disparaît pas avec la Libération. Elle inspire directement la fondation de la Vᵉ République en 1958. Mauriac écrivait : « Quand de Gaulle ne sera plus là, il sera là encore ». (De Gaulle, 1964, Grasset, p. 364) 

D’une conception démocratique de la présidence de la République, élue au suffrage universelle, l’essence de cette fonction était en néo-bonapartiste : il devait incarner, au-delà des discours partisans, une figure unanimiste.

 

  1. Les mémoires du général : un pacte de refondation nationale

Les Mémoires de guerre, dont le premier tome paraît en 1954, jouent un rôle décisif dans la construction du mythe gaullien. De Gaulle y impose une lecture cohérente des années 1940-1944 qui s'articule autour de trois idées majeures. D'abord, il se présente comme le seul dépositaire légitime de la volonté nationale depuis l'appel du 18 Juin. « Ma mission m'apparut, d'un seul coup, claire et terrible. En ce moment, le pire de son histoire, c'était à moi d'assumer la France », écrit-il (Mémoires de guerre, t. I, p. 89). Ensuite, la France libre devient le centre de gravité de toute la Résistance, notamment à travers la mise en valeur du rôle unificateur de Jean Moulin. Enfin, de Gaulle apparaît comme le défenseur intransigeant de l'indépendance nationale face aux Alliés, régulièrement présentés comme tentés de placer la France sous tutelle.

Des Mémoires de guerre aux Mémoires d'espoir, on retrouve ainsi la même figure du général en « recours », investi d'une mission historique singulière et convaincu d'incarner la continuité nationale lorsque les institutions ou les élites faillissent. Comme l'a montré Sudhir Hazareesingh, ces ouvrages constituent le véritable point de départ du mythe gaullien. Bien davantage qu'un témoignage, ils proposent un récit à la fois historique, politique et prophétique qui finit par s'imposer dans la mémoire collective. Reprise, diffusée et enseignée pendant plusieurs décennies, cette lecture contribue à cristalliser la figure de l'homme du 18 Juin en sauveur et père de la nation.

Jean-Louis Jeannelle résume parfaitement cette ambition lorsqu'il écrit que les Mémoires de guerre offrent aux Français « un pacte de refondation nationale sous la forme d'un vaste récit mythographique », où le genre mémorial atteint son ambition ultime : « dresser un tableau du passé qui serve à la fois de cadre mémoriel favorisant le consensus et de programme politique pour le futur ». À travers l'écriture de ses souvenirs, de Gaulle construit un récit national destiné à donner sens à la France de l'après-guerre et à légitimer une certaine conception de l'État, de la Nation et du pouvoir qui trouvera son prolongement dans les institutions de la Vᵉ République.

 

  1. Les héritages institutionnels : la naissance de la Vᵉ République 

Pour de Gaulle, les difficultés de la IVᵉ République proviennent avant tout de l'impuissance des partis et de l'instabilité gouvernementale. Face aux crises, la Nation doit pouvoir s'incarner dans une autorité capable de garantir sa continuité. Le Président de la République devient ainsi bien davantage qu'un arbitre institutionnel : il est chargé d'incarner l'intérêt national au-delà des divisions politiques, après la révision débattue de 1962 permettant l’élection du Président au suffrage universel direct. On retrouve ici la même logique que celle du 18 juin. Dans les deux cas, la Nation est présentée comme une réalité supérieure aux conflits partisans ; dans les deux cas, un homme est appelé à assurer sa permanence lorsque les institutions ordinaires semblent défaillantes.

La naissance de la Vᵉ République est longtemps apparue comme l'aboutissement naturel de cette histoire. Le retour de de Gaulle en 1958 est ainsi souvent présenté comme une nécessité historique permettant de sauver la République d'un régime parlementaire à bout de souffle. Pourtant, les travaux récents invitent à nuancer cette lecture. Dans La Guerre civile en France, l'historien Grey Anderson rappelle combien la naissance du nouveau régime est indissociable de la guerre d'Algérie et des tensions entre pouvoir civil et pouvoir militaire. Il montre que le retour du général ne peut être compris indépendamment de la crise ouverte par le soulèvement du 13 mai 1958 à Alger et du rôle joué par une partie de l'armée dans la déstabilisation du régime parlementaire. L'intérêt de cette approche n'est pas de contester l'importance de de Gaulle dans l'histoire française, mais de rappeler que les institutions ne naissent jamais de manière inévitable. 

La force du gaullisme fut de transformer une histoire en récit national. Mais, comme l'a montré Brigitte Gaïti (De Gaulle, prophète de la Cinquième République (1946-1962)) la figure du recours gaullien relève elle-même d'une construction historique. La tâche du professeur d’histoire n'est ni de le célébrer ni de le déboulonner, mais d'en éclairer les mécanismes. L'enjeu est alors moins de transmettre une mémoire officielle que de donner aux élèves les outils nécessaires pour comprendre comment se construisent les mythes politiques, comment s'imposent certaines interprétations du passé et pourquoi les figures providentielles occupent une place si importante dans notre culture politique.

 

✒ Les autrices et les auteurs

Léonore Darrobers

Léonore Darrobers

Professeure agrégée d'Histoire

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