La parole des chercheurs

A-t-on encore besoin de la littérature jeunesse ?

✒ Entretien avec Nathan Lévêque, par Sylvie Servoise

Après le succès d’En quête d’un grand peut-être. Guide de la littérature ado, paru en 2020, Tom et Nathan Lévêque récidivent avec un deuxième tome au titre provocateur : « En quête d’un grand peut-être. A-t-on encore besoin de la littérature ado ? ». Un ouvrage qui fait le point sur les grandes tendances, mais aussi les grands débats qui traversent la littérature ado aujourd’hui. Entretien avec Nathan Lévêque, par Sylvie Servoise. 

 

Sylvie Servoise - Pourquoi un autre livre ? Est-ce que cela avait été d’emblée prévu quand vous avez publié le premier tome d’En quête d’un grand peut-être  

Nathan Lévêque - Non, ça n’était pas prévu du tout ! Tom et moi avons conçu le premier livre plutôt comme un « one shot » et nos activités éditoriales n’avaient pas non plus forcément vocation à se poursuivre au-delà de sa parution. C’est pour ça d’ailleurs que sur le premier tome ne figurent ni logo, ni nom de maison d’édition. Le succès du premier volume nous a en quelque sorte « cueillis » et donné envie d’aller plus loin… 

 

S.S - Comment expliquez-vous ce succès rencontré par le premier tome ?  

N. L. - On a d’abord écrit le livre qui nous avait toujours manqué, à la fois en tant que lecteurs, étudiants et jeunes professionnels de la littérature ado. On s’est ensuite rendu compte qu’il n’avait pas manqué qu’à nous et qu’il répondait à une véritable demande de la part d’enseignants, de jeunes libraires ou jeunes bibliothécaires qui seraient en train de monter des rayons ados et qui auraient besoin de repères pour comprendre ce secteur. Le livre a aussi répondu au besoin de légitimation de la littérature ado : à vrai dire, on s’en doutait en l’écrivant, mais on a été frappés de voir à quel point ce besoin est encore fort aujourd’hui ! Des bibliothécaires nous ont par exemple remerciés d’avoir écrit ce livre, qui leur permet de montrer à leurs collègues que le rayon dont ils s’occupent est bien un rayon de « vraie » littérature.  

Le succès du livre faisant, nous avons développé d’autres projets et rencontré beaucoup de monde pendant cinq ans. Nous avons notamment monté une exposition dérivée d’En quête d’un grand peut-être, « Sur les chemins de la littérature ado », qui s’adresse aux ados et qui peut être louée par des bibliothèques ou achetée par des bibliothèques départementales. Nous avons aussi proposé des journées de formation à destination des bibliothécaires, multiplié les rencontres en librairie, en bibliothèque, rencontré des enseignants et beaucoup de professionnels de terrain, qui voient des ados au quotidien et qui connaissent de près leurs problématiques. Tout cela nous a évidemment énormément apporté et a ouvert d’autres perspectives. 

 

S.S - Vous avez eu le sentiment que le paysage éditorial de la littérature de jeunesse avait beaucoup changé en cinq ans ? 

N. L. - Absolument. Et c’est pour ça qu’il fallait en parler dans un nouveau livre. La littérature ado a cela de passionnant, et presque d’effrayant, c’est qu’elle change très vite, à l’image de ses lecteurs et lectrices, dont les goûts, les modes d’expression, de communication et de consommation évoluent rapidement. De nouveaux sujets ont émergé et, alors qu’on approchait des cinq ans du premier tome, on sentait qu’on voulait faire quelque chose d’autre. D’une part parce qu’il y a du nouveau, mais aussi parce qu’après avoir fait beaucoup de rencontres, on avait un peu envie de remettre les mains dans le cambouis et de repartir en écriture. 

La question était de savoir dans quelle direction : faire une réédition augmentée du tome ? On y a renoncé assez vite : non seulement on risquait d’enterrer le premier tome, mais dès qu’on a fait la liste des contenus qu’on pourrait traiter, il est apparu que cela faisait le sommaire d’un nouveau livre… même plus long que le premier !  

 

S.S - Pourquoi avoir intitulé le deuxième tome A-t-on encore besoin de la littérature ado ? Et qu’entendez-vous précisément sous le label « littérature ado » ?  

N. L. - C’est un titre évidemment provocateur, qui fait écho au débat, ancien mais toujours actuel, selon lequel les jeunes, aujourd’hui, ne lisent plus. Si de notre côté nous sommes convaincus qu’ils lisent toujours, encore faut-il savoir s’ils lisent de la littérature ado… Par cette expression, on entend essentiellement les romans pour adolescents, édités par des éditeurs jeunesse dans des collections à destination des adolescents, à partir de 13 ans environ. Or on sait que les ventes du secteur, même si elles sont encore très bonnes, sont en léger recul : le manga, la romance, la dark romance constituent une concurrence de poids. Les jeunes lecteurs et lectrices, c’est bien connu, ne se tournent pas non plus systématiquement, ou exclusivement, vers les livres qui sont conçus pour eux, et le label « littérature ado » ne suffit pas à les attirer. 

Mais ce n’est pas parce que la littérature ado est un peu moins lue qu’autrefois que les jeunes ne lisent pas, et surtout qu’ils ne lisent pas autre chose ! Sans doute, il y a bien un recul de la lecture à l’échelle globale. Il n’est toutefois pas aussi massif qu’on a bien voulu le dire : l’étude si souvent citée du Centre national du livre, dont les résultats ont été publiés au printemps 2025, fait état d’une baisse de quelques pour cent seulement. C’est principalement contre cette dramatisation du débat que nous avons voulu nous positionner dans ce livre, en même temps que nous voulions examiner ce que lisent les jeunes, et comment. 

Il nous a semblé important de rappeler que si les jeunes ne lisent plus seulement sur papier, ils écoutent des livres en audio (ce qui a été bien pris en compte par l’étude du CNL par ailleurs), et lisent beaucoup sur Internet (ce qui en revanche n’a pas été pris en compte) : sur des plates-formes comme Wattpad, où les utilisateurs peuvent échanger et publier des récits, des poèmes, des fanfictions, poster des commentaires, ou encore Webtoon, centrée sur la bande-dessinée. Les ados lisent aussi beaucoup sur les réseaux sociaux, qui offrent de nombreux contenus textuels - n’oublions pas que de jeunes créateurs ou créatrices écrivent de la poésie sur Instagram par exemple ! D’autres études, notamment celles menées auprès des bénéficiaires du Pass Culture (dispositif auquel nous consacrons spécifiquement un « focus » dans le livre), prennent davantage en compte ces différents supports de lecture et livrent ainsi un diagnostic plus nuancé, qui nourrit une perspective plus optimiste sur la relation des jeunes à la lecture. 

Nous avons également voulu interroger le lien entre baisse de la lecture et usage des écrans. À cet égard, ce qui s’est passé lors de la restitution des États généraux de la lecture pour la jeunesse (lancés par les Ministères de la Culture et de l’Éducation nationale) qui s’est tenue au Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis, à Montreuil (93), le 1er décembre 2025 est assez significatif : des ados sont intervenus en fin de séance pour dire que, d’une part, ils continuaient (malgré tout !) de lire et, d’autre part, que l’opposition reconduite de manière presque automatique entre lecture et écrans n’était pas opérationnelle à leurs yeux pour rendre compte de cette baisse relative. Ils ont insisté sur le fait que les livres qu’on leur donnait à lire à l’école, au collège, au lycée, ne les intéressaient pas toujours, qu’ils ne les jugeaient pas adaptés à leur âge et que, en ce sens, l’Éducation nationale avait aussi sa part de responsabilité.  

 

S.S - C’est pour cela que vous consacrez un chapitre entier à la « littérature ado à l’école » dans le deuxième tome ?  

N. L. - Oui, c’est un sujet que nous n’avions pas abordé frontalement dans le premier tome et qui, au fil des cinq dernières années, nous est apparu central : si l’on veut comprendre pourquoi la lecture des jeunes est en recul, il faut se demander quelle est la place de la littérature jeunesse à l’école. Il ne s’agit pas de renoncer à l’étude des classiques du patrimoine littéraire, mais de prendre acte du fait qu’on ne peut pas proposer que cela aux jeunes lecteurs si l’on veut qu’ils maintiennent à l’adolescence un lien avec le livre. 

Lors de nos échanges, nombreux, avec les enseignants d’horizons, de milieux, d’établissements différents, deux éléments nous ont interpelés : d’une part, le sentiment, largement partagé, d’un manque de formation à la littérature de jeunesse dans leur cursus et au-delà. Sur ce point, il existe de grandes inégalités entre académies, certaines proposant des formations sur ce thème, d’autres non. Les projets de lecture qui sont montés autour de la littérature jeunesse dépendent ainsi essentiellement de la bonne volonté des enseignants, qui sont par ailleurs celles et ceux qui connaissent déjà cette littérature, s’y sont souvent formés par eux-mêmes, et n’ont pas besoin d’être convaincus de sa richesse et de ses bienfaits. Mais qu’est-ce qui est fait pour les autres ? D’autre part, l’insuffisance des ressources pédagogiques institutionnelles sur la littérature pour ados demande aux enseignants beaucoup de travail et d’investissement sur leur temps personnel. C’est ce dont témoignent notamment les deux professeures de français de collège auxquelles est consacré un portrait dans le livre : autrices de livres parascolaires, de jeux éducatifs, elles sont aussi instagrameuses et blogueuses et mettent à disposition sur Internet de nombreuses ressources à destination de leurs collègues pour enseigner la lecture, la littérature jeunesse et aussi, de manière générale pour mettre en place des méthodes de pédagogie innovantes et bienveillantes. Assurément, elles sont exemplaires, mais on ne peut pas souhaiter que le modèle qu’elles incarnent soit généralisable. Il faut qu’une structure encourage, accompagne, relaie, concrètement, ce type d’initiatives qui ne peuvent pas rester purement individuelles. 

Une autre question que nous traitons dans ce chapitre dédié à l’école, c’est de savoir s’il faut que la littérature ado figure dans les programmes. Certains, y compris des enseignants, pensent que ce serait contre-productif, dans la mesure où dès lors qu’on rend une lecture obligatoire, les élèves ont tendance à s’en détourner. Il nous semble que ce serait pourtant un signal fort à destination non pas des élèves, mais des enseignants qui ne sont pas convaincus de la qualité de ce type de littérature – car de fait, il y en a encore !  

 

S.S - Votre ouvrage se présente comme un objet éditorial très original : il propose à la fois des analyses théoriques sur les grands genres et les grands débats du moment, des nouvelles inédites d’auteurs et autrices pour la jeunesse, des portraits et des entretiens, en même temps qu’il fait entendre la voix de très nombreux acteurs et actrices de la littérature ado : auteurs et autrices, mais aussi lecteurs et lectrices, enseignants, chercheurs, responsables éditoriaux, bibliothécaires, sensitivity readers…). Pourquoi avoir fait ce choix d’un livre choral ? Est-ce pour rendre visible la complexité intrinsèque d’une littérature qui est à la fois un fait culturel, un objet éditorial et marketing, un support éducatif ? Je serais tentée pour ma part d’y voir le signe d’un engagement presque politique en faveur de la diversité des approches : est-ce que ce serait aller trop loin ?  

N. L. - Non, le terme d’engagement nous convient plutôt bien ! En fait, notre objectif premier était de faire un ouvrage qui soit accessible. Tom et moi n’avions pas l’ambition de faire un ouvrage universitaire - nous n’avons d’ailleurs pas de formation à la recherche universitaire proprement dite – et nous sommes très attachés à l’écriture journalistique que nous pratiquions déjà depuis dix ans sur des blogs avant de publier le premier tome d’En quête d’un grand peut-être. Nous avons voulu que nos livres s’adressent au plus grand nombre, et pas seulement à un petit groupe d’aficionado de la littérature ado qui serait prêt à lire un gros livre théorique sur le sujet : autrement dit, on a cherché à faire, cette fois-ci comme la précédente, un livre qui soit lu aussi bien par des spécialistes, des libraires, des bibliothécaires, des enseignants mais aussi des parents, des grands-parents et par des ados. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on trouve des nouvelles inédites d’auteurs et d’autrices dans les deux tomes, qui intéressent un public désireux de trouver aussi de la fiction dans un ouvrage qui a une orientation théorique : on aime beaucoup l’idée que l’objet d’étude soit intriqué avec l’étude elle-même. 

Nous tenions aussi à offrir au public un livre vivant, à l’image de la littérature ado qui est une littérature extrêmement vivante, portée par de nombreux corps de métier et de professionnels différents qu’on essaie de mettre à l’honneur, notamment par les portraits (d’agente littéraire, de traductrice, de chercheuse, de lecteurs ados, de comédienne de livre audio, d’éditrice, de responsable des cultures numériques en médiathèque…). Il s’agit aussi de contrebalancer l’idée que peuvent avoir les ados selon laquelle les écrivains sont forcément morts ou très âgés, d’un autre monde que le leur.  

On peut aussi parler d’engagement au sens où il s’est agi pour nous, notamment lors de la parution du premier tome, de prouver à celles et ceux qui déconsidéraient le milieu des blogueurs et des influenceurs et en général, toutes celles et ceux qui utilisent Internet pour parler de littérature, que nous étions capables de faire un livre très professionnel sur une littérature qui est souvent elle-même déconsidérée. Cela dit, au-delà de cet engagement initial et de la prise de position sur certains points, le premier tome avait surtout pour objectif de livrer un panorama de la littérature ado. Nous avons voulu en revanche davantage marquer l’axe éditorial du deuxième tome, pour le doter d’une identité qui lui soit propre. On s’est dit que maintenant qu’on avait posé les bases avec le premier tome, qu’on avait trouvé un public et qu’on avait aussi montré la légitimité de notre propos, on pouvait aller plus loin et s’engager sur un certain nombre de sujets. 

 

S.S - Quels sujets précisément ?  

N. L. - Comme on l’a vu tout à l’heure, nous avons d’abord pris position sur le discours relatif à l’effondrement de la lecture chez les jeunes et la place des écrans. Nous avons aussi décidé de traiter en profondeur le sujet de la dark romance, à laquelle nous consacrons une séquence en essayant de prendre du recul avec l’espèce de « panique morale » qui marque de nombreux discours sur la question. On traite aussi la question de la « diversité », notamment grâce au texte de l’autrice Lydie Tabarin, qui explique ses réserves à l’égard d’un terme qui a perdu de sa signification et valorise plutôt la notion de « représentativité ». Nous avons également souhaité rencontrer deux « sensitivity readers » pour qu’elles nous expliquent leur métier, souvent mal connu et donc mal compris. Bref, on a voulu bousculer certaines idées reçues, aborder certains sujets que l’on n’ose pas toujours évoquer dans le milieu de l’édition et que de notre côté, nous pouvons traiter plus librement, puisque nous avons créé notre propre structure. Cela dit, tous les débats évoqués donnent lieu à une présentation que l’on a cherché à rendre la plus objective possible : nous avons des arguments bien identifiés à faire valoir, mais dans un débat il faut aussi entendre et savoir entendre les autres !  

 

S.S - Une séquence du livre est également dédiée au cas J. K. Rowling et vous abordez de front la question de savoir « que faire de Harry Potter quand un profond désaccord de valeurs » oppose les lecteurs et lectrices « à leur autrice préférée », qui a pris position contre les personnes trans. Est-ce que d’après vous on assiste plus généralement à une « repolitisation » de, ou autour de, la littérature ado ces dernières années ? 

N. L. - Sans doute, même si la dimension politique n’a jamais été absente de l’histoire de la littérature de jeunesse – en témoigne la loi de 1949 qui assignait à celle-ci le devoir de ne pas « démoraliser », au sens fort de corrompre moralement, les jeunes lecteurs et lectrices. Plus près de nous, les années 1990-2000 ont vu fleurir des collections comme DoAdo au Rouergue, ou Exprim’ chez Sarbacane,  qu’on qualifierait volontiers d’ « underground », avec un côté presque punk, les éditeurs allant chercher des plumes qui n’étaient pas des auteurs ou autrices jeunesse « traditionnels », mais des slameurs, des poètes qui prenaient à bras-le-corps des sujets réputés difficiles comme la violence, la sexualité, la drogue, etc. 

Plus largement, il me semble que si l’on peut parler de politisation ou repolitisation de la littérature ado, c’est parce que cette littérature évolue avec les jeunes générations qui sont aujourd’hui, me semble-t-il, de plus en plus politisées et de plus en plus engagées - peut-être malgré elles d’ailleurs, parce qu’elles ont accès à un ensemble d’actualités, d’images et de discours auquel sans doute on était moins exposé autrefois. C’est un mal et un bien, je pense : un mal, parce que cela, on le sait, suscite de l’angoisse (notamment de l’éco-anxiété) et nourrit une vision pessimiste de l’avenir ; un bien, parce que les ados ont aujourd’hui la possibilité de prendre la parole assez facilement et de s’engager concrètement pour des causes auxquelles ils croient. Il est donc assez naturel que la littérature ado actuelle aille également dans ce sens, car les jeunes lecteurs et lectrices sont à la recherche de livres qui parlent de thématiques engagées qui leur répondent, qui les suivent et dans lesquels ils peuvent également se retrouver.  

 

S.S - C’est le deuxième livre que vous publiez avec votre frère. Comment écrit-on à quatre mains ? Comment avez-vous procédé à l’agencement avec les autres voix de journalistes, enseignants, auteurs, etc. que l’on entend dans le livre ?  

N. L. - Ce qui est chouette quand même, c’est qu’avec Tom on a la chance d’être très souvent d’accord sur la manière d’envisager le travail, la littérature ado et l’écriture et que travailler ensemble ne pose aucun problème. Cela ne veut pas dire bien sûr qu’on soit toujours d’accord sur tout, mais on se rejoint sur beaucoup de choses et on se fait entièrement confiance. Nous nous sommes réparti les différents chapitres qui composent le livre selon nos affinités, mais la grande différence avec le premier tome, c’est que l’on a fait appel dans ce livre-ci à un nombre beaucoup plus important d’auteurs, notamment sur la partie théorique. Il était important pour nous de diversifier les plumes, les perceptions et les points de vue : d’où des textes et des entretiens de chercheuses, journalistes, traductrice… 

 

S.S - On entend en effet résonner beaucoup de voix féminines ! 

N. L. - Oui. Non seulement parce qu’elles sont plus nombreuses que les hommes dans le milieu de la littérature jeunesse, mais aussi parce que, malgré cela, on les entend moins dans l’espace public. Et puis notre livre, c’est un projet mené par deux hommes… ça fait partie des choses auxquelles il faut faire attention.  

Par ailleurs, comme nous sommes à la fois auteurs et éditeurs, nous nous sommes aussi réparti les tâches Tom et moi sur le plan éditorial : lui a fait un master d’édition, moi des études de communication. Tom est généralement plus mobilisé sur les parties éditoriales et de fabrication, et moi sur la partie commerciale et communication. On se complète assez bien donc !  

Une autre différence entre les deux tomes tient au fait que, pour ce deuxième livre, nous avons eu une éditrice pour les parties que nous avons nous-mêmes rédigées, Clémentine Beauvais. Autant nous sommes restés éditeurs des nouvelles écrites par les romanciers et les romancières et des parties théoriques qui peuvent être écrites par d’autres que nous, autant pour relire notre travail, il nous a semblé utile de faire appel à Clémentine. Non seulement elle est très en accord avec les valeurs de notre projet, mais elle a aussi une double casquette de chercheuse et d’écrivaine qui est très intéressante : la vision scientifique qui est la sienne a permis de garantir la légitimité de notre propos et son expérience de romancière, qui a tenu par ailleurs pendant très longtemps un blog, fait qu’elle a aussi une écriture très accessible. Nous lui devons beaucoup de choses, et cela depuis le premier tome : l’idée de « littérature de l’intensité », autour de laquelle se tisse toute notre réflexion dans ce livre, vient d’une expression qu’elle a utilisée dans le cadre d’une interview qu’avait filmée Tom. 

 

S.S - Comment envisagez-vous, si vous l’envisagez déjà, la suite de ce deuxième tome d’En quête d’un grand peut-être ? Une publication régulière de volumes qui suivraient l’évolution de la littérature ado ? L’expérimentation de nouveaux formats ?  

N. L. - Dans la mesure où la littérature ado est en constante évolution, il est difficile de ne pas envisager qu’on aura besoin de faire un nouveau point dans quelques années. Je n’exclus donc pas du tout la possibilité d’un nouveau projet d’ici cinq ans, nouveau tome ou édition intégrale des deux tomes augmentée… Mais évidemment cela va dépendre de l’accueil fait à ce deuxième tome, de notre énergie, de notre envie… et cela ne nous empêche pas non plus d’explorer d’autres supports : on a par exemple créé « La carte des 100 incontournables de la littérature ado », puis « La Nouvelle carte des 100 incontournables… », qui est un objet un peu plus ludique et qui s’adresse directement aux ados. Il y a eu l’exposition « Sur les chemins de la littérature ado », qui a été l’occasion d’explorer d’autres formes de médiation et de promotion autour de la littérature ado… bref, tout est ouvert !  

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