10 raisons de ne pas lire
Les dernières semaines furent rudes pour les enfants et adolescents non-lecteurs. Le Centre National du Livre les épingle dans son nouveau rapport sur les jeunes et la lecture, qui révèle qu’un tiers des jeunes entre 16 et 19 ont renoncé à lire ; les États généraux de la lecture pour la jeunesse ont rendu une feuille de route ambitieuse et claire, qui place le plaisir de lire au cœur de l’action publique et intègre massivement la littérature de jeunesse au temps scolaire ; nous-mêmes, le Prix des Incorruptibles, avons révélé la sélection de notre 38e Prix et de nouveaux outils pour leur rendre la lecture désirable.
Face à une telle offensive, menée conjointement par les pouvoirs publics, la recherche et le monde associatif, comment pourraient se défendre les enfants et adolescents non-lecteurs ? Quels arguments opposer à tous ces adultes qui, sans s’annoncer, s’engagent en même temps contre leurs pratiques ? Il y a encore quelques mois, ils pouvaient les ignorer et se réfugier sur leurs portables, mais ceux-ci ont été bannis des espaces scolaires. Il leur faut donc répondre.
Chez PageÉduc’ et aux Incorruptibles, nous sommes habitués à penser contre nous-mêmes (à vrai dire, nous aimons un peu ça). Voilà donc dix raisons de ne pas lire, prêtes à l’emploi pour les enfants et adolescents qui auraient à se défendre.
Bonne lecture.
- Les livres sont trop longs.
Le plus petit livre du monde est signé Hemingway. Au restaurant, après avoir parié avec des amis qu’il pouvait écrire un roman en six mots, il nota : « For sale: baby shoes, never worn » (« A vendre : chaussures bébé, jamais portées ») sur un bout de papier et gagna son pari.
- On aimerait bien lire mais on n’a pas le temps.
Lire un poème prend moins de temps que de faire défiler des vidéos.
- Les adultes autour de moi ne lisent pas, même ceux qui disent qu’il faut lire.
Ce n’est pas la première fois que les adultes sont hypocrites. Pendant longtemps, les adultes avaient plutôt tendance à se méfier de la lecture : dans Le Rouge et le Noir de Stendhal, le père de Julien Sorel le frappe lorsqu’il le découvre en train de lire.
- On lit déjà bien assez pour l’école.
Lire pour soi, même à l’école, c’est changer de posture : ce n’est plus toi qu’on évalue, c’est toi qui devient évaluateur. Tu as le droit d’aimer ou ne pas aimer un livre, de comprendre ou ne pas comprendre. Ce qui compte, c’est le moment qu’on y passe.
- Lire, c’est pour ceux qui sont seuls.
Pas dans le pays des salons, prix, festivals, revues, rencontres, clubs de lectures, querelles, mouvements, bibliothèques …
- Parce qu’on est libre.
Être libre, ce n’est pas seulement faire ce qu’on veut, c’est apprendre suffisamment de choses pour ne pas être trompé facilement et ne pas trop dépendre des autres. Les romans sont des condensés d’expériences humaines ; ils nous apprennent à être libres.
- Lire est une activité du passé. D’ailleurs, tous les auteurs connus sont morts.
Liste non exhaustive d’auteurs vivants écrivant pour la jeunesse : Clémentine Beauvais, Timothée de Fombelle, Alexandre Chardin, Michaël Escoffier, Cécile Alix, Florence Médina, Maxime Gillio, Oriane Lallement, Sandra le Guen, Rocio Bonilla, Bernard Villiot, Jean-Christophe Tixier, Manon Fargetton, Eiichiro Oda … Pardon pour toutes celles et ceux qui n’ont pas été cité.
- Lire demande trop d’efforts de concentration et de mémoire.
Le sport et les jeux vidéos aussi. Toute activité qui développe le corps et l’esprit demande des efforts. Pourquoi la lecture devrait-elle faire exception ?
- On peut très bien réussir sans lire.
C’est vrai que les tyrans d’aujourd’hui ne sont pas de grands lecteurs.
- On n’aime pas lire
Pourtant, on lit tout le temps, l’heure d’arrivée du métro, une notification, les consignes d’un jeu. Et je ne peux pas croire qu’il existe sur cette terre quelqu’un qui n’aime pas qu’on lui raconte une histoire.