Deux amis et leurs secrets, des mondes parallèles et des créatures magiques en danger : avec les meilleurs ingrédients de la fantasy, Mary Orchard nous entraîne dans une quête de vérité face à l’intolérance et la montée du totalitarisme. Un roman fantastique aux échos bien réels.
Une des forces de Metamorphosis, ce sont ses personnages et leur grande diversité. Pouvez-vous nous les présenter ?
Mary Orchard On rencontre d’abord Melchior, un étudiant en Histoire discret et solitaire, à qui l’on répète depuis l’enfance qu’il perd la raison. Pourquoi ? Il est le seul à voir Abriel, son meilleur ami de toujours ou presque, qui peut se transformer en papillon. Au début du roman, alors qu’Abriel est en danger, celui-ci envoie Melchior dans une sorte de monde parallèle. Il y rencontre Belen et Caéli, deux gardiennes spirituelles, Alaric, un herboriste extrêmement doué, et Wilhelm, un corbeau à la langue bien pendue. Et d’autres personnages encore.
Metamorphosis offre des représentations fortes de relations queer. Le personnage principal lutte avec sa santé mentale. Comme dans Bloomstone Manor, vous valorisez la confiance en soi et en ses différences contre les attentes du monde extérieur. Ces thèmes sont-ils importants pour vous ?
M. O. Ce sont des sujets fondamentaux pour moi. J’ai cruellement manqué de représentations LGBTQIA+ lorsque j’étais au collège et au lycée. Au vu des discriminations qui persistent encore, il me semble important de montrer que les personnes queer sont des personnages comme les autres, sans que leur identité soit forcément le cœur du récit, et de raconter des histoires qui se passent bien pour elles. Parler de santé mentale dans un roman, c’est poser le sujet sur la table et dire : « Regarde, ça existe et tu as le droit de demander de l’aide ». À l’heure où la santé mentale des jeunes est en chute libre, cela me paraît essentiel. Ces thèmes rejoignent la question de la confiance en soi : apprendre à s’affirmer et à rester fidèle à soi-même. C’est plus facile de créer des liens solides quand on est entouré de personnes bienveillantes et dans un environnement où la gentillesse est le point de départ des relations. Dans la fiction, je préfère montrer ce qui est possible, sans cesser de dénoncer ce qui ne va pas.
Parmi les sujets de Metamorphosis, on retrouve l’importance de connaître l’Histoire, la montée du fascisme, les catastrophes écologiques… Pourquoi avoir choisi de les intégrer à un univers de fantasy ?
M. O. Ce n’était pas entièrement prévu. Je savais que Melchior arriverait dans un monde marqué par une dérive totalitaire mais rien n’était vraiment défini. L’actualité m’a malheureusement rattrapée et la question du fascisme s’est imposée d’elle-même. La littérature ado et young adult est souvent sous-estimée alors qu’elle possède une force particulière : elle s’adresse à des lecteurs en pleine construction d’eux-mêmes et de leur rapport au monde. J’ai fait en sorte qu’ils comprennent ce qui se joue dans le monde d’Alaric à peu près en même temps que Melchior, parfois même un peu avant lui. La prise de conscience se fait ainsi naturellement. Plutôt qu’un simple exposé, cela place les lecteurs dans une position active. S’ils reconnaissent ces mécanismes dans un livre, cela peut aussi leur donner des clés pour interroger ce qui se passe dans notre propre monde.
En tant qu’ancienne libraire jeunesse, avez-vous des livres ou des personnages qui vous ont particulièrement inspirée ?
M. O. Il y en a tant qu’il est difficile de choisir. Plus que des titres précis, c’est l’ensemble du rayon jeunesse qui m’a nourrie. Il est vaste et capable d’aborder une multitude de sujets. Il existe encore un certain mépris envers cette littérature, alors qu’elle est vivante, créative et engagée. Je me demande parfois si cela ne reflète pas, plus largement, le peu de considération que notre société accorde aux enfants et aux jeunes. Pourtant, romans et albums jeunesse sont une source d’inspiration immense et un terrain de jeu formidable pour les auteurs.
Pour qui écrivez-vous ?
M. O. Quand je réfléchis à la manière d’aborder certains thèmes, je pense souvent à mes lecteurs et à la meilleure façon de m’adresser à eux sans les ennuyer. Au-delà des messages, j’ai surtout envie de les embarquer dans une histoire et que mes personnages continuent à les accompagner longtemps après avoir refermé le livre. Et je mentirais si je disais que je n’écris pas aussi pour moi. J’essaie avant tout d’écrire les livres que j’aurais envie de lire et de prendre plaisir à les écrire.
Melchior est étudiant en Histoire, il vit isolé des autres. Son seul ami, Abriel, vient d’un autre monde. Lorsque son ami l’appelle à l’aide, Melchior bascule dans un univers où la magie est en péril de même que la liberté des minorités. Entouré de créatures fabuleuses et d’alliés de talent, dont le mystérieux herboriste Alaric, il va lutter contre le temps pour déjouer les plans d’ennemis insaisissables. Les enjeux politiques et personnels sont élevés et Melchior va devoir apprendre à se faire confiance. Un roman plus sombre que les précédents, où l’on retrouve les ingrédients privilégiés de Mary Orchard : des relations construites sur le respect et des lieux-refuges à préserver coûte que coûte.