Jean-Philippe Blondel

Ondes porteuses


13 ans et +
Romans

GD

✒ Gwendoline Delaporte-Danel

Librairie Le Méandre (Meudon)

Avec Les Périphériques, Jean-Philippe Blondel nous immerge au cœur d’une radio locale à la suite d’une bande d’adolescents qui tentent de trouver leur voie grâce à leur voix. En orfèvre habitué aux affres de la jeunesse, il y dresse des portraits doux-amers d’une grande finesse.

Parlez-nous de ce titre, Les Périphériques.

Jean-Philippe Blondel Les Périphériques, pour une fois, ça n’a rien à voir avec la capitale ou avec ses boulevards. Au contraire. Les Périphériques, ce sont ces ados qui habitent dans des villes de moyenne importance ou dans des bourgs (dans la fameuse « France périphérique » justement) et qui voient leur avenir limité par l’absence de mobilité. Le choix de l’enseignement supérieur est restreint ; pour suivre certaines filières, il faut changer de ville, ce qui occasionne des frais que peu de familles peuvent se permettre de payer. Du coup, l’horizon est réduit. Les Périphériques, ce sont aussi tous ces gens auxquels on ne prête pas forcément attention, qui vivent à l’arrière-plan de nos existences mais qui peuvent parfois se révéler déterminants dans nos choix. Et Les Périphériques, c’est aussi le nom que mes héros ont décidé de donner à leur émission.

 

Quel a été l'élément déclencheur de ce roman ?

J.-P. B. Cette nouvelle mesure, arrivée il y a deux ans, qui stipule que les élèves de Seconde doivent maintenant effectuer un stage de quinze jours en fin d’année, alors que l’année de Seconde était jusque-là l’année où on pouvait souffler et penser à la fois au passé et à l’avenir. En a découlé l’idée d’un stage dans une radio puisque ce que j’explore, dans tous mes romans pour ados, ce sont les moyens de s’exprimer. Ils peuvent être artistiques, comme dans Dancers, Le Groupe ou Replay. Ils peuvent être géographiques comme dans Passager de l’été. Ici, c’est l’expression pure et la prise de parole. Il y a eu aussi, comme déclencheur, un film de Vincent Mael Cardona, Les Magnétiques, sorti en 2021, qui est venu se cogner à mon adolescence et m’a laissé des traces.

 

Vous êtes enseignant. Vous inspirez-vous de vos élèves ou de celui que vous avez été ?

J.-P. B. Mes élèves sont ma source d’inspiration, tout le temps, toujours. Si je n’avais pas été prof, si je n’avais pas eu devant moi, chaque année, des adolescents de 15 à 18 ans, je n’aurais jamais écrit pour la jeunesse. C’est à eux que je raconte mes histoires, même s’ils ne les lisent pas toujours et s’ils ignorent, parfois, qu’ils en sont les inspirateurs. Et bien sûr, à travers eux, j’entrevois celui que j’ai été. Comme je l’ai déjà raconté ailleurs, ma vie a brusquement bifurqué quand j’avais 17 ans, avec la mort accidentelle de ma mère et de mon frère, puis celle de mon père. Je sais qu’un morceau de moi a éternellement cet âge-là. Il est lui aussi une source d’inspiration.

 

En littérature adolescente du réel, on retrouve surtout des héroïnes. Comment ce choix de mettre à l'honneur des garçons s'est-il imposé à vous ?

J.-P. B. Il y a finalement peu de romans ados qui parlent du quotidien, sans arrière-plan historique, fantastique, policier et encore moins dont les héros sont des garçons. C’est comme si les garçons devaient obligatoirement vivre des aventures, se confronter à des dangers et pas à leur intimité, alors que c’est sans doute le domaine qui est le plus riche et dont ils ont le plus peur. J’espère être un homme sensible. J’espère avoir été un adolescent attentif aux autres. J’aime aller gratter sous les apparences et faire tomber les armures.

 

Vous écrivez pour les adolescents. Qu'est-ce qui vous intéresse particulièrement dans cet âge ? Vos héros ont-ils changé depuis votre premier roman ?

J.-P. B. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est que c’est l’âge des transformations et des possibles. L’âge où on dessine ses voies futures et où on tente des expériences. C’est surtout l’âge des premières fois et elles ont souvent un goût difficilement imitable. En vingt ans, mes héros ont embrassé les nouvelles technologies et les changements de la société, notamment les bouleversements climatiques. Mais ils tentent de se tenir droit et de sourire, malgré tout. Ils sont lucides mais ils croient encore à l’avenir. Et ils se battent pour s’exprimer, à un moment où la prise de parole des jeunes générations est bien peu prise en compte. Ou carrément réprimée, il suffit de regarder les infos.

 

 

« Ils font chier avec leur connerie de stages ! » Et ce n’est pas Axel qui le dit mais son beau-père. Une sacrée entrée en matière pour ce roman durant lequel Axel finit par trouver une place de stagiaire dans une radio locale en perte de vitesse. Un respect inattendu naît entre son tuteur et notre héros qui prend les manettes d’une nouvelle émission où les jeunes ont la parole. C’est une occasion unique de parler de ce qui les traverse, de la société qu’ils habitent et de faire entendre leurs voix. Un parcours semé d’amitiés inattendues, de choix et de renoncements qui emmèneront doucement Axel vers l’âge adulte, non sans heurts mais finalement avec confiance car l’amitié peut beaucoup.

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