La littérature de jeunesse nous fait rêver, nous émerveille mais elle est aussi là pour éveiller les consciences et faire germer les idées ! Que ce soit pour préserver notre belle planète et ses occupants ou aborder la solidarité et l’importance du vivre ensemble, le livre est un excellent médiateur.
Stéphane Kiehl nous en met toujours plein les yeux avec sa série poétique sur les couleurs. Après avoir exploré la déforestation, la fragilité des océans, l’équilibre délicat des écosystèmes, les relations entre les humains et les animaux, il continue sur cette même lancée avec Rose, son nouvel album. Ici, l’enfant cherche la perfection, il veut laisser derrière lui les dégâts causés par l’homme, oublier les forêts qui disparaissent et les incendies ravageurs, il veut vivre dans un monde rose bonbon ayant la saveur douce de la guimauve et des rêves sucrés. Alors il ferme les yeux et le voyage commence. L'aube s'étire jusqu'à ce que les illustrations deviennent des monochromes. Une multitude de détails se trouvent dans les pages, laissant deviner toute une faune et une flore secrètes. Les pages calques se superposent et l'on s'enfonce un peu plus dans un univers onirique, jusqu'à saturation. Alors les nuances de roses reviennent puis le blanc, suivi des autres couleurs. Celles qu’on a voulu effacer. Le vert, le bleu, le noir, le rouge reviennent et avec eux la diversité des mondes à explorer. Cet album sonne comme un final à cette splendide collection puisque le narrateur en arrive à la conclusion que c'est le mélange des couleurs qui crée la beauté du monde. Il nous invite à admirer et respecter cette diversité.
Pour préserver l’équilibre fragile de notre belle planète, il va falloir s’unir et aussi se révolter. C’est exactement ce que nous propose Coline Pierré et Maurèen Poignonec dans La Terre sens dessus dessous. De loin la terre a l’air plutôt paisible mais de plus près apparaissent surpêche dans les océans, incendies, pollutions en tous genres, ballet incessant des avions dans le ciel, élevages intensifs, forêts saccagées… Les animaux en ont assez de subir, impuissants, les frasques des humains et décident de manifester leur mécontentement. Alors phoques, renards polaires et manchots se mettent en route. En chemin toute la faune des forêts se joint à eux, les oiseaux, les animaux de la savane viennent s’ajouter au cortège. Si bien que des milliers d’espèces sont en marche et scandent des messages écologiques ! Et puisque les enfants sont aussi des victimes de la pollution, ils sont invités à grossir ces rangs militants. Ils sont maintenant si nombreux que sous leurs pas la terre ralentit au point de s’arrêter de tourner et d’inverser son sens de rotation. La terre est sens dessus dessous mais la vie va pouvoir prendre un nouveau départ ! Les humains et les animaux vont désormais vivre en paix, en se respectant. Les illustrations malicieuses et foisonnantes de Maurèen Poignonec donnent à cet album une touche humoristique. Coline Pierré réussit à aborder des sujets d’actualité avec des mots d’enfant et un regard plein d’espoir !
Et de l’espoir nous allons en avoir besoin pour surmonter les ravages à venir dus aux changements climatiques. Le Grand Échangeur chez Sarbacane nous en fait une belle démonstration. Louise Drul y esquisse le sujet brûlant des réfugiés climatiques. Dans cet album aux allures de bande dessinée, l’autrice relève avec brio un défi audacieux : offrir aux plus jeunes un ouvrage de science-fiction !
Dans cet univers futuriste, où l’on voyage en maison sur rails, les usines polluant les rivières ne font malheureusement pas parties du passé et les poissons se font de plus en plus rares. Solly et sa mère n'ont d'autre choix que de quitter leur village et leurs amis pour trouver un cours d’eau encore épargné. Lorsque l’heure du départ sonne, les villageois aident Solly et Vera à hisser leur maison bioclimatique sur les rails suspendus. Un voyage semé d’embûches va commencer. En effet, pour rejoindre la rivière du Nord, il faut passer par le Grand Échangeur, là où sévissent les fureteurs : si Vera et sa fille sont repérées, leur maison sera confisquée et elles seront toutes les deux emprisonnées. L’aide d’Amita, une chouette copine, sera indispensable pour passer la Bulle Kivoitou et espérer une nouvelle vie, près d’une rivière où les poissons sont encore abondants. Louise Drul se hisse à hauteur d’enfant pour nous narrer l’exil : de la nécessité de partir avec le déchirement de tout quitter, à l’arrivée dans un nouvel endroit, en passant par les difficultés rencontrées pendant le voyage. Les couleurs acidulées et le côté pop de la mise en page rendent cette histoire accessible et le côté magique transforme le tout en une épopée fantastique !
Fable poétique, histoire drôle ou aventure captivante, ces trois titres nous délivrent des messages fondamentaux pour aider les enfants à devenir les écocitoyens de demain. Notre émerveillement face à la nature et à la littérature n’est heureusement pas près de s’arrêter !