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Bibliothèque nationale de France : De la bibliothèque du roi à la bibliothèque de tous

✒ Entretien avec Gilles Pécout, Président de la Bibliothèque nationale de France, propos recueillis par Amaury Coulomb

Longtemps perçue comme un lieu réservé aux chercheurs, la Bibliothèque nationale de France s'est ouverte ces dernières décennies aux enseignants, aux élèves et aux familles. Accueil de classes, ressources pédagogiques, littérature jeunesse, formation des médiateurs du livre, démocratisation de la lecture : son président, Gilles Pécout, revient sur les multiples passerelles qui relient aujourd'hui la BnF au monde de l’éducation, tout en nous racontant l’histoire d’un lieu mythique de notre pays. 


La BnF côté enseignants : 5 ressources à connaître
  • Gallica : plus de vingt-cinq ans de numérisation du patrimoine écrit, avec de nombreux classiques accessibles librement.
  • Les Essentiels de la BnF : dossiers thématiques, parcours pédagogiques et ressources contextualisées.
  • Les visites scolaires : découverte des sites Richelieu et François-Mitterrand, ateliers et parcours guidés.
  • Le Centre national de la littérature pour la jeunesse (CNLJ) : référence pour la veille, la recherche et la formation autour du livre jeunesse.
  • La salle Ovale : accès libre pour les familles, les élèves et les lecteurs de tous âges.


Une institution patrimoniale de plus en plus en dialogue avec la jeunesse

  1. Pourriez-vous nous retracer, en quelques lignes générales, l’histoire de la Bibliothèque nationale de France, autrefois Bibliothèque du Roi ? 

La Bibliothèque nationale s'est développée à partir du site historique dit « site Richelieu », même s’il n’y a aucun lien avec le cardinal Richelieu, si ce n'est le nom de la rue. Le cardinal Mazarin est étroitement lié à ce site, lui qui a d’abord acheté l’hôtel particulier acquis par Tubœuf, et qui a fait construire un palais avec deux galeries, aujourd’hui appelées « Galerie Mazarin » et « Galerie Mansart ». Dans celles-ci, le cardinal avait décidé d'exposer de plain-pied ses statues, et dans les galeries du premier étage, tous ses nombreux manuscrits : des codex enluminés et des imprimés, y compris des incunables, les « quattrocentine ». Quelques décennies plus tard, en 1720, le palais Mazarin a été acheté sous la Régence pour entreposer les collections royales. C'est donc à partir de 1720 que ce lieu est devenu la Bibliothèque du roi, puis la Bibliothèque royale, et enfin la Bibliothèque nationale sous la Révolution française. Sous la Révolution, malgré une brève interruption du dépôt légal qui avait été institué en 1537, nos collections ont été enrichies : certes à l’issue des saisies révolutionnaires mais dont on peut aussi considérer qu’elles ont permis d’éviter la dispersion de nombreux bien, notamment des biens ecclésiastiques qui ont été sauvegardés. Cela explique que le département des Monnaies, des Médailles et des Antiques ait énormément d'objets qui viennent des grandes abbayes. Au XIXe siècle, la Bibliothèque connut sa grande saison de modernisation sur le modèle de la bibliothèque du British Museum à Londres, avant de devenir la plus grande et moderne bibliothèque d’Europe. 

S'est posé, à partir des années 1970, puis des années 1980, le problème d'une bibliothèque qui devenait vétuste et trop étroite pour le dépôt légal et toutes les acquisitions. En effet, ce que la bibliothèque ne reçoit pas par dépôt légal, soit elle l'a eu par héritage patrimonial, soit elle l'acquiert quand les documents sont importants pour notre patrimoine, ce qui explique l’enrichissement constant des collections. Face à ce constat, le président Mitterrand a décidé, d'annoncer le 14 juillet 1988, dans l’interview rituelle accordée au journaliste Yves Mourousi le jour de la Fête nationale, qu'il voulait bâtir la plus grande bibliothèque du monde, au moment même où l’on rebâtissait la bibliothèque d'Alexandrie. 

De là découle la deuxième très grande étape de modernisation de l’époque contemporaine avec l’érection des quatre tours imaginées par l’architecte Dominique Perrault. Le site « François-Mitterrand », devenu l’autre grand lieu patrimonial de la bibliothèque, a été inauguré en 1995 et progressivement ouvert au public en 1996-1997. Il a été décidé de la partition suivante des collections : le dépôt légal sur le site de François Mitterrand, ainsi que la presse et tous les imprimés, et les départements patrimoniaux spécialisés sur le site de Richelieu (départements des Manuscrits, Cartes et plans, de la Musique, des Monnaies, médailles et antiques, des Estampes et photographies, et des Arts du spectacle). 

À partir des années 2000, mes prédécesseurs ont pensé qu'il serait bon de rénover le site de Richelieu. C'est Jean-Noël Jeanneney, le premier, qui a décidé de moderniser le site Richelieu, suivi de Bruno Racine puis de Laurence Engel, qui a achevé les travaux d'embellissement du site et décidé de l’ouverture des deux galeries du musée.

 

  1. Quelles sont les missions de cette institution ?

La Bibliothèque nationale de France a d’abord une mission patrimoniale et régalienne qui est le dépôt légal. Il s’agit de recevoir non seulement tout ce qui est imprimé, publié, mais aussi tout ce qui est produit sur le territoire français, sur tout type de support, comme les photographies ou encore le dépôt légal du Web. Quantitativement, le dépôt légal recèle un certain nombre de documents qui, soit ont trait à la jeunesse et à l'enfance, soit sont destinés à la jeunesse et à l'enfance, sans que l’on se soit nécessairement préoccupé d'identifier ce public, comme pour d'autres composantes sociologiques de notre population.

La Bibliothèque nationale de France exerce cette mission patrimoniale au service de ses grandes vocations : celle d’un lieu de recherche par la recherche et celle d’un lieu de démocratisation des contenus culturels et scientifiques. « La recherche par la recherche », cela signifie que nos conservateurs et nos bibliothécaires sont des chercheurs. Et la recherche pour les chercheurs, cela signifie qu’avant même d'être un lieu de médiation culturelle, la Bibliothèque a en effet pour vocation de permettre le développement de la recherche et l’accueil des étudiants.

S’est imposée enfin, progressivement, la mission de transmission des contenus culturels et scientifiques, en vertu de laquelle la Bibliothèque a été amenée à diversifier ses publics et ses supports. Tout ce qui relève des activités culturelles a un lien avec la valorisation de nos documents et recoupe donc sa mission patrimoniale et sa mission de recherche.

 

  1. Dans quelle mesure ces missions sont-elles tournées vers les enfants et les jeunes ? La jeunesse est-elle ciblée comme un public important de la BnF ?

Ces missions rencontrent tout naturellement la jeunesse. D’abord parce que depuis une trentaine d'années, la vocation de lieu de recherche sur la littérature de la jeunesse s'est vraiment affirmée. La Bibliothèque a accueilli de grands colloques sur la littérature de jeunesse à partir de la fin des années 1990. Concernant, par ailleurs, l’accueil du public, pendant très longtemps, les enfants et les jeunes ne pouvaient pas fréquenter la Bibliothèque nationale de France — même accompagnés, d'ailleurs. Grâce à une évolution récente, en vertu d’une mesure prise par l’équipe qui m’a précédé, les jeunes peuvent maintenant venir, même seuls, à partir de quatorze ans, aussi bien sur le site François Mitterrand que sur le site Richelieu. 

Les jeunes viennent à la Bibliothèque nationale de France, que ce soit seuls, en famille ou dans le cadre de leurs activités scolaires. Sur le site Richelieu, nous avons décidé d'ouvrir l’une des salles historiques, la salle Ovale, qui avait été inaugurée au début des années 1930 et qui était devenue la salle des périodiques jusqu'en 1998. Mon prédécesseur a pris l’heureuse décision de rouvrir cette salle à tous les publics. C’est aujourd’hui la seule salle de la Bibliothèque nationale de France à être ouverte à tous les publics, y compris les familles, sans rendez-vous ni carte, du mardi au dimanche. Un espace de cette salle, géographiquement et topographiquement extrêmement perceptible, a été aménagé exprès pour les enfants, avec des bacs à livres. Et c'est toujours plein, notamment le week-end. Cela signifie que l'objectif de diversification des publics de mon prédécesseur, notamment en matière de classe d'âge, a réussi. 

En revanche, je fais la différence, en particulier pour les jeunes, entre diversification des publics et démocratisation des publics. La diversification des publics, y compris pour les jeunes, n’est pas forcément un processus de démocratisation : elle profite aux personnes qui habitent dans le quartier ou qui ont l'habitude de venir le week-end, ce qui est déjà une bonne chose, mais insuffisante. Nous considérons en effet qu’il nous faut nous adresser de façon plus volontaire encore aux enfants et aux jeunes qui ont une pratique moindre de la lecture pour des raisons sociologiques et géographiques, et que l’objectif est de mettre en adéquation diversification et démocratisation. Une grande partie de nos actions en direction des publics d'enfants et des publics scolaires est donc dirigée vers les Zones d’Éducation Prioritaire, les Quartiers Prioritaires de la Ville et les académies en difficulté. C’est pour cette raison que nous avons décidé avec le recteur de l’académie de Créteil — qui veille tout particulièrement dans son académie aux liens entre l’école et les bibliothèques pour accompagner la lecture dans des milieux sociaux défavorisés — de renforcer à travers un protocole d'accord notre action dans les Zones d’Éducation Prioritaire.

La Direction des publics, qui s'occupe du lien avec les publics jeunes scolaires, estime que l’on accueille en moyenne 30 000 scolaires par an. Ce sont surtout des élèves du premier cycle, ainsi que du collège et dans une moindre mesure du lycée. Cet accueil prend la forme de visites ou d’ateliers pédagogiques. Nous montrons, sur le site Richelieu, les deux galeries de musées, et sur le site François Mitterrand, un site patrimonial moderne qui impressionne beaucoup les jeunes. Nous les conduisons à travers les coulisses et les locaux techniques, par-delà les locaux de consultation. Quant aux ateliers, ce peuvent être des ateliers d'écriture, des ateliers de création ou des ateliers de dessin. 

Dans la mesure des places disponibles, la bibliothèque sert aussi d'espace de révision pour le brevet et le baccalauréat. Nous travaillons surtout avec les collèges du treizième arrondissement, nous souhaiterions néanmoins élargir ce dispositif à d'autres collèges. 

Pour les écoles maternelles, nous avons ainsi organisé cette année avec l’académie de Paris, en sale Ovale, sur le site Richelieu, le « Quart d'heure lecture » que le ministère prescrit, c’est-à-dire des ateliers de lecture à voix haute. C’est certes symbolique et nous ne pouvons pas le faire systématiquement avec tous, mais cela permet de rappeler que la BnF sait aussi s’ouvrir à tous et aux enfants qu’ils peuvent revenir à la salle Ovale avec leurs parents, librement, quand ils le souhaitent.

 

L’enseignement au cœur de la BnF

  1. Concernant cette poursuite de la démocratisation, la Bibliothèque nationale de France met-elle à disposition des ressources spécifiquement pour les enseignants, de l’école élémentaire au lycée ?

On ignore parfois que la Bibliothèque nationale de France est de loin la première bibliothèque numérique du monde avec Gallica dont on va commémorer l’an prochain le trentième anniversaire. Nos ressources numériques à distance sont disponibles non seulement pour nos enseignants, mais aussi comme support de développement de l’enseignement francophone dans le monde entier. De nombreux établissements à l’étranger utilisent la bibliothèque numérique. La bibliothèque Gallica comprend les livres libres de droit, beaucoup de classiques le sont, et donc beaucoup de livres et de documents utilisés pour l’enseignement sont accessibles.

Une chose est certaine, les ressources numériques sur Gallica ont été vérifiées, certifiées, sourcées. Nous avons encore du travail à faire sur les OCR, mais du moins les contenus sont sûrs. Pour un professeur, l’essentiel n’est pas tant de trouver une information, parce qu’il trouve beaucoup de choses simplement sur les moteurs de recherche, que de trouver une information certifiée, garantie, fiable et qu’il soit toujours possible de sourcer.

De plus, le portail des Essentiels est un espace dédié aux enseignants, où qu’ils soient. Il offre des parcours pédagogiques en fonction de l’âge des enfants et des examens qu’ils ont à préparer. Nous voulons multiplier nos partenariats avec le monde scolaire et notamment renforcer nos relations avec la Direction générale de l'enseignement scolaire.

La bibliothèque contribue également à la préparation d’un certain nombre de concours, comme les concours de recrutement d’enseignants, notamment en littérature, avec l’organisation d’une ou deux journées de préparation sur les auteurs francophones des programmes. Nous proposons aussi aux enseignants des cycles de formation à la lecture. 

 

  1. Prenons le cas des commémorations du 11 novembre qui approchent à grands pas. Comment la BnF peut-elle accompagner les enseignants et les élèves pour vivre pleinement ce temps de commémoration et pour comprendre sa signification ? 

En regardant dans les Essentiels de la BnF — un ensemble de ressources numériques accessibles, on trouve par exemple un beau dossier sur le 11 novembre 1921, jour d’inhumation du corps du Soldat inconnu sous l’Arc de triomphe. Il s’agit d’un matériau d'accompagnement qui relève plus de la documentation historique et patrimoniale que du support civique immédiatement utilisable, mais qui n’en reste pas moins utile. Il y a toujours des choses et les enseignants d’histoire, mais également de primaire, j’en suis convaincu, savent les trouver et les utiliser. Dans les Essentiels, on trouve plus généralement l'histoire du 11 novembre, notamment l’histoire du soldat inconnu. Il y a au moins de quoi contextualiser la célébration pour un jeune, en expliquant qu'on n'a pas toujours célébré les morts et que la France a une tradition de célébration pacifiste, qui passe par les associations d'anciens combattants (comme l’a bien montré Antoine Prost dans sa thèse). Contrairement à ce que l’on dit parfois, le 11 novembre, avant d'être une commémoration nationaliste, a d'abord bien été une commémoration pacifiste et c’est, je crois, quelque chose que peuvent comprendre aux élèves, même les plus jeunes. Dans l’immédiat après-guerre du moins, le pacifisme domine chez les anciens combattants, malgré le patriotisme, malgré parfois le nationalisme des provinces récupérées. L’écrivain Henri Barbusse l'emporte sur les autres. Voilà ce qu’un professeur peut expliquer en s’appuyant sur les ressources mises à disposition par la BnF, pour donner à comprendre la signification des commémorations.

 

Un haut lieu de la littérature pour la jeunesse

  1. Vous parliez plus haut du rôle pionnier de la bibliothèque pour la recherche concernant la littérature de jeunesse.  Quelle place celle-ci occupe-t-elle au sein des collections et des activités de la Bibliothèque nationale de France ?

À côté du public scolaire de jeunes, nous avons tout un public, professionnel ou amateur, qui s'intéresse à la fois à la jeunesse et aux livres de jeunesse. La Bibliothèque nationale de France, sur le site François-Mitterrand, est un centre très important d'études sur la littérature pour la jeunesse. En 2008, le Centre National de Littérature pour la Jeunesse (CNLJ) y a été créé. Il édite La revue des livres pour enfants, qui publie depuis 1965 des comptes rendus et des dossiers pédagogiques. 

Le CNLJ dépend d'un des quatre grands départements d'imprimés : le département « Langues, littératures et arts », installé dans la tour 4, dite « Tour des Lettres ». C’est là que se trouvent tous les imprimés qui sont soit des livres pour la jeunesse et pour l'enfance, soit des livres sur la littérature jeunesse ou l'enfance. On a au total à peu près 350 000 livres qui ont un lien avec la jeunesse, ce qui est beaucoup. Cela comprend quelques fonds patrimoniaux liés à l'enfance et à la jeunesse. Par exemple, au département des estampes sont conservées les planches originales des aventures de Babar de Jean de Brunhoff. Outre le dépôt légal, la Bibliothèque poursuit une politique d'acquisition de livres pour enfants et pour jeunes, dont certains écrits dans d'autres langues et publiés ailleurs.

La littérature jeunesse, à la BnF, attire aussi bien les enfants et les familles que les chercheurs, y compris des chercheurs étrangers. Dernièrement, j'ai eu l'occasion d’accueillir le ministre de la Culture de Taïwan, qui s'intéresse à la littérature pour la jeunesse, venu voir spécifiquement le CNLJ.

Et enfin, nous avons un rôle majeur dans la formation des professionnels des bibliothèques et des médiateurs liés à la littérature de jeunesse. Avec l'Association des bibliothécaires de France, nous avons ouvert un colloque de professionnels, où le CNLJ fait de la formation et de la formation de formateurs, toujours avec les universités, en particulier avec les départements universitaires de sciences de l'éducation.

 

  1. La BnF promeut-elle donc le dialogue international en matière de littérature pour la jeunesse ? Comment cela se matérialise-t-il ?

Nous développons en effet des partenariats avec des bibliothèques, et pas seulement des bibliothèques nationales, avec des centres d'archives et avec des universités du monde entier. Et je crois pouvoir dire qu'une fois sur trois au moins, la littérature pour la jeunesse est l'un des sujets de coopération retenus par nos interlocuteurs étrangers. Nos partenariats suivent toujours un schéma assez semblable. Le premier volet concerne tout ce qui touche aux échanges professionnels et méthodologiques, aux questions de bibliothéconomie et à la place d'une bibliothèque dans la société. Dans un deuxième volet, se retrouve tout ce qui est lié aux collections et notamment aux numérisations partagées et, comme nous l’avons vu, dans nos collections patrimoniales susceptibles de constituer les corpus numérisés, il y a beaucoup de choses qui concernent la jeunesse ou s’adressent aux enfants et aux jeunes. Enfin, un troisième volet porte sur l'organisation commune d'événements scientifiques et culturels, tels que des expositions ou des colloques avec nos partenaires. Le soutien à la francophonie forme un quatrième volet et évidemment il comprend notre aide, grâce à l’envoi de publications et d’experts, au développement de lieux francophones pour les jeunes. On s’en persuade aisément, la diplomatie culturelle et scientifique promue par la BnF intègre, et souvent au premier plan, la littérature de jeunesse comme patrimoine commun, comme objet scientifique, comme forme de professionnalisation et comme réflexion sur les publics. 

Le sujet d’envoi d’experts pour aider à monter un centre de recherche sur la littérature pour les enfants, favoriser son accès et ses traductions peut prédominer. C’est notamment un volet important de notre coopération avec le Maroc, ou encore avec l'émirat de Sharjah, un véritable émirat des livres et des bibliothèques. Il y a une vraie expertise sur le livre pour enfants dans un certain nombre de pays. De notre côté, nous possédons une réelle expertise à partager sur l'édition et sur la bibliothéconomie dans ce domaine. Et nous souhaitons encore intensifier nos relations avec les acteurs de premier plan en la matière que sont les éditeurs et les libraires.

 

  1. Votre carrière s’est d’abord déroulée dans un cadre universitaire : historien spécialiste du Risorgimento, vous avez notamment enseigné à l’École Normale Supérieure de Paris. Quels sont les éléments de continuité entre votre métier d’enseignant-chercheur et votre fonction actuelle qui vous marquent le plus ?

Dans tout ce que j'ai fait, même quand j'étais ambassadeur, je me suis toujours d'abord considéré — je le dis sans affectation — comme un professeur et un historien chercheur. J’ai toujours rédigé tout ce que je disais, tout ce que signais, ce qui prend du temps et exige de la patience pour mes équipes mais qui n’est pas négociable pour moi et qui relève de ma pratique de professeur et d’historien. Quand on est professeur, on fait des leçons sur des sujets qu'on ne connaît pas toujours, mais on les découvre et on les travaille comme je l’ai fait en préparant plusieurs générations de normaliens à l’agrégation en découvrant parfois avec eux les questions au programme. Du point de vue de la méthode, la continuité est donc évidente : le rapport aux sources et à la bibliographie, la vérification, l’écriture ou la parole en responsabilité. Je me considère, pour chacune des choses que j'ai à faire, comme un enseignant ou un étudiant qui doit s'approprier un sujet. Ensuite, la continuité la plus importante que j'ai éprouvée dans mes diverses fonctions tient au fait que je dois souvent hiérarchiser, classer les sujets et arbitrer comme on le fait en privilégiant une hypothèse ou une source quand on est historien. Puis rendre intelligible et parfois didactique le choix comme on le fait quand on est professeur. La différence est qu’à la BnF le travail est plus collectif : je bénéficie du conseil de mes collègues et de mes collaborateurs et toute décision, même hiérarchique et individuelle, doit aussi résulter d’une approche collégiale. Ce n’est pas le cas pour un enseignant chercheur en sciences humaines qui est souvent solitaire malgré tout ce qui est fait pour favoriser le travail collectif.

Enfin, pour un historien, la Bibliothèque nationale de France, est un gisement richissime : les fonds et les collections historiques occupent une place immense et je ne peux rester insensible à tout ce qui est fait par mes collègues de plusieurs départements pour les valoriser. 

Mais la présidence de la BnF, c'est aussi la gestion d'une très grosse entreprise publique. La BnF, avec ses 2 300 agents, est le plus gros établissement du ministère de la Culture, avec lequel nous travaillons dans une relation de confiance toujours renouvelée et qui bénéficie toujours du plus gros budget — la plus importante dotation publique hors audiovisuel. 

Pour me résumer, la Bibliothèque nationale de France est un lieu où l’on peut continuer à travailler comme un professeur, à diffuser des connaissances et à essayer d'en acquérir soi-même. C’est un lieu où l’on est chercheur parce qu'on est entouré de chercheurs et qu’on travaille pour la recherche. C'est un lieu, enfin, où l’on est historien, de façon extrêmement privilégiée, parce que la plupart des documents présents ici sont de la matière pour un historien et contribuent à la progression de nos connaissances historiques. Mais je suis bien conscient que la Bibliothèque n’est pas que cela et j’espère que toujours plus d’enseignants, d’élèves et d’étudiants sauront venir s’en convaincre sur place !

 

Découvrez l'ensemble des ressources de la Bibliothèque nationale de France destinées aux enfants et aux classes. Merci au cabinet du président de la BnF de nous avoir communiqué cette liste exhaustive.

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